Mitterrand : glasnost, vingt ans après
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Mitterrand : glasnost, vingt ans après

Effrayé. Angoissé. Flippé, presque. Evidemment, personne n'ose encore l'écrire ainsi,

mais c'est bien le portrait d'un François Mitterrand terrifié par la chute du mur de Berlin, et la perspective de la réunification allemande, qui se dessine, vingt ans après, en filigrane, dans les archives, les souvenirs et les confidences. Les formulations sont longtemps restées respectueuses. Il «ressent, récapitule, (...) "incarne" les angoisses françaises face à une Allemagne trop grande, à une construction européenne qui n'est pas encore irréversible», écrivait par exemple l'ancien secrétaire général de l'Elysée, Hubert Védrine, en 1996.

On n'en est plus là, les pudeurs de langage tombent une à une. Et c'est bien un Mitterrand terrifié, qui apparaît dans la saisissante enquête que publie cette semaine Vincent Jauvert dans Le Nouvel Obs. Un Mitterrand qui cite de mémoire des phrases de Mein Kampf lors d'une visite à Thatcher. Est-il allé plus loin ? A-t-il souhaité à mots à peine couverts que l'URSS fasse le sale boulot de freiner la réunification allemande ? A en croire Jauvert, la réponse est plutôt négative. Sauf si demain, de nouvelles archives...

Le plus frappant, c'est qu'il ait fallu vingt ans, pour appeler par son nom cette peur présidentielle. Depuis longtemps, certes, Mitterrand avait été décrit comme "réservé", par rapport à la chute du mur. "Pris de court, partagé, méfiant" : ces qualificatifs-là ne sont pas sacrilèges. Mais qu'il ait été tenaillé, dans ses entrailles, par une peur plus forte que toutes les analyses, et remontée des souvenirs de ses vingt ans, la peur qui saisit l'homme politique lorsqu'il se trouve confronté sans protection à la brutalité de l'Histoire, il aura fallu vingt ans pour qu'on nous le dise ainsi. Ce qui donne la mesure de la Glasnost à la française.

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