Marianne, la petite conne, et la marée
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Marianne, la petite conne, et la marée

Halte !

crie Jack Dion dans Marianne. N'exagérons pas la menace raciste qui pèse sur la France. Une gamine stupide sous le Palais de justice d'Angers, tendant "une banane à la guenon" Christiane Taubira, ne dessine pas à elle seule une France raciste. C'est vrai. Et le micro-emballement introspectif, depuis hier, sur la résurgence du racisme en France, est aussi outré qu'était désespérant le silence sur le sujet. Car ce n'est pas tant la "pauvre petite conne" d'Angers, comme disait François Morel, qui pose problème, que le silence qui a suivi sa "pauvre petite connerie". Silence de ses parents sur le moment. Et silence, comme le déplorait Christiane Taubira, de toutes les "belles et hautes voix" par la suite. Ce silence gêné, accablé, rentrant les épaules, résigné d'avance, Ce silence de brouillard propice à tous les crimes. Ce silence désespérant.

Ce fut longtemps le créneau de Marianne : se dresser contre les excès du "politiquement correct" antiraciste, qu'incarnaient à la fin du siècle dernier un BHL, un Pierre Bergé, ou le mouvement Touche pas à mon pote. Se dresser contre la culpabilisation de la France et de l'idée nationale, soupçonnées d'être ontologiquement porteuses de xénophobie et de racisme. A l'époque, sur le créneau, Marianne était seule ou presque. Aujourd'hui, du Point à L'Express, en passant par Valeurs Actuelles, c'est le décomplexé qui règne dans les kiosques. On cogne sur les assistés et les chômeurs, on cogne aternativement sur les Roms (semaines paires) et sur l'islam (semaines impaires), manière de cogner obsessionnellement sur les Arabes. Finkielkraut promène impunément sa tragique dérive xénophobe de colonne en colonne, de plateau en plateau. Une enfant tend impunément une banane à la guenon, sans que ses parents ni personne réagissent.

Le politiquement correct a changé de camp. Marianne se retrouve, comme par la marée, rattrapé par l'autoproclamée majorité silencieuse, aujourd'hui vociférante. Est-il étonnant que l'hebdo ainsi condamné au rôle de simple bémol, dont le directeur Maurice Szafran vient d'être remercié par l'actionnaire majoritaire, voie son lectorat lui glisser doucement entre les doigts, et se retrouve comme les autres en crise existentielle ?

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