De quoi Marion Maréchal est-elle le nom ?
Le matinaute
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De quoi Marion Maréchal est-elle le nom ?

Il faudra faire l'effort de se souvenir, de ce que nous vivons ces jours-ci en direct, sur les chaînes d'info. La mise sur orbite d'une activiste d'extrême droite, sans mandat, sans militants, sans programme, fondatrice d'une école fantôme de science politique à Lyon. Mais qui s'appelle Marion Maréchal (ex-Le Pen). Au lendemain des Européennes, c'est la totalité des chaînes d'info qui a tympannisé son "retour".

Qu'est-ce qui pousse les chaînes d'info à créer de toutes pièces un personnage "Marion Maréchal" ?  L'affinité politique, répondent de nombreux internautes. Je n'y crois pas. En tous cas, pas l'affinité politique consciente. On interrogerait tous ceux qui embouchent les trompettes de ce "retour", rares seraient ceux qui déclareraient voter pour elle, ou pour son mouvement politique (à la manière de Ruquier, dont je vous parlais hier, électeur de Mélenchon, et qui a balancé Zemmour dans l'espace public). Alors ? Alors la nouveauté, la fascination pour la jeunesse. Le désir de ce feuilleton absurde et délectable : "La nièce va-t-elle virer la tante ?" Bref, le carrefour fatal du crétinisme ordinaire du journalisme politique, et des sujets sulfureux qui enflamment l'audience. 

Accessoirement, le traitement du phénomène Maréchal confirme une nouvelle fois la déroute du journalisme d'enquête. Car cette école, dont le logo apparait toujours comme par hasard dans le champ des caméras, qui, dans ces mêmes chaînes, a enquêté sur sa réalité ? Il faut que ce soit une reporter d'un jeune media indépendant, Mediacités, qui aille visiter les quelques 300 m2, et raconte "la pièce inoccupée qui reste plongée dans le noir et fait office de débarras pour le moment, faute d’étudiants" ou "la bibliothèque aux rayons clairsemés".

Ou encore le magazine économique Challenges qui, à la même époque de la rentrée dernière, racontait l'amateurisme administratif de l'équipe :  "Dans la déclaration d'ouverture, transmise au rectorat de Lyon, Marion Maréchal promettait 450 heures d'enseignement et une liste de quelque 21 professeurs. Mais, fin septembre, son dossier ne renseignait plus que 90 heures de cours et apportait des informations lacunaires sur à peine six professeurs". Et Challenges de souligner aussi le déficit d'étudiants : "A ce jour, une quinzaine d'élèves ont intégré le magistère 1 de Management de projets et sciences politiques, et évoluent dans les 300 mètres carrés (...) A titre de comparaison, le plus petit Institut d'études politiques, celui de Rennes, compte plus de 1 300 étudiants et Sciences-Po Paris en accueille quelque 13 000 chaque année".  Sur tous ces aspects, à part une brève allusion (voir notre montage), pas trace dans les interviews de la nouvelle oracle de la fusion des droites.

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