Livraisons d'armes à la Russie : pas de question à Macron
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Livraisons d'armes à la Russie : pas de question à Macron

Ouf ! La question n'a pas été posée à Emmanuel Macron sur TF1, dans l'émission Face à la guerre. Ni par un contradicteur (il n'y en avait pas), ni par Gilles Bouleau, ni par Anne-Claire Coudray. On l'a échappé belle. À La lecture du site indépendant Disclose, on avait appris dans la journée que la France a continué à vendre des armes à la Russie, en dépit de l'embargo de 2014, jusqu'à l'an dernier. De manière parfaitement légale.

Je ne vais pas dresser la liste des armes vendues. Elle figure sur le site. Qu'il suffise de savoir que "la France a délivré au moins 76 licences d’exportation de matériel de guerre à la Russie depuis 2015. Montant total de ces contrats : 152 millions d’euros, comme l’indique le dernier rapport au Parlement sur les exportations d’armement, sans toutefois préciser le type de matériel livré". Dans ce catalogue, ne nous attardons que sur un gadget :  "Depuis un contrat signé en 2014, avec des livraisons qui se sont étalées jusqu’en 2018, le groupe Thales a doté 60 avions de chasse Soukhoï SU-30 de son système de navigation TACAN, son écran vidéo SMD55S et son viseur dernier cri HUD". "Ces avions de combat, poursuit Disclose, qui ont déjà tué des dizaines de milliers de civils en Syrie, bombardent l’Ukraine nuit et jour depuis février." Détail charmant, "les Mig-29 et les SU-30 sont également munis d’un système de navigation livré par Safran à partir de 2014 : le Sigma 95N. Cette technologie permet aux pilotes de l’armée de l’air russe de se localiser sans avoir recours aux satellites américains ou européens".

Si le ministère des Armées assure que les ventes sont légales, c'est en vertu de la "clause du grand-père" : si le contrat est passé avant l'embargo, alors il peut être honoré. Parfait. Sauf si les livraisons "peuvent provoquer ou prolonger un conflit armé". Était-ce le cas de 2014 à 2020 ? Le débat n'a pas eu lieu, l'émission ayant pris la forme d'une succession d'interviews.

Pour sa défense, le ministère des Armées fait valoir plusieurs arguments, que résume Le Monde. D'abord, ces exportations ont considérablement baissé depuis 2014. "Les livraisons, qui représentaient encore un montant de 80 millions d’euros en 2014, sont passées (...) à seulement 300 000 euros en 2020".  Et Emmanuel Macron, fait-on valoir, "a toujours tenté de maintenir un dialogue avec Vladimir Poutine, mais a, en même temps, poussé les exportations à destination de l’Ukraine, dont le montant des commandes acceptées est passé de zéro en 2015 à plus de 97 millions d’euros en 2020". Hosannah ! On a vendu aux deux. Du coup, on comprend mieux le camouflage de campagne du président à la Zelenski, ce sweat du commando parachutiste de l'Air CPA10. C'est une tenue commerciale, c'est ça ?

Tous ces coups de fil à Poutine et Zelenski, c'était donc pour le service après-vente ? plaisante un twittos facétieux. Heureusement, toutes les précautions avaient été prises, pour soustraire le président-candidat à ces curiosités malsaines. Imaginons qu'un Poutou ait eu le mauvais goût de risquer une allusion aux livraisons d'armes françaises à la Russie. On frémit. Mais il avait été exclu. De manière parfaitement légale, là aussi.


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