Les huit minutes de l'agonie de George Floyd
Le matinaute
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chronique

Les huit minutes de l'agonie de George Floyd

Je ne sais pas si vous regarderez ces huit minutes. Vous n'êtes pas obligés. On n'est jamais obligé. On a toujours d'excellentes raisons de ne pas regarder. On peut toujours se dire que ce serait du voyeurisme malsain. Et inutile : que vous regardiez ou non ces huit minutes ne rendra pas la vie à George Floyd, cet Afro-américain décédé le 25 mai à l'hôpital de Minneapolis où il a été transféré, après avoir été immobilisé au sol par trois policiers, dont un maintenant son genou sur son cou.

Je n'ai pas rendu la vie, ce matin, à George Floyd, en regardant ces huit minutes. Ces huit minutes ne m'ont rien appris. D'une certaine manière, c'est toujours la même histoire. La même histoire que la mort d'Eric Garner, en 2014, à New York. La tête d'un Noir plaqué au sol, le corps du policier maintenant son cou, un autre policier impassible empêchant d'approcher les passants qui filment l'homme qui répète "I can't breathe" et, pendant huit minutes, avec une inlassable persévérance, demandent aux policiers de laisser respirer George Floyd puis, quand il ne bouge plus, de prendre son pouls. Je ne lui ai pas rendu la vie, mais je pense que pour tous ceux qui n'ont pas la peau noire, à Minneapolis, à Paris ou ailleurs, c'est une toute petite chance d'approcher ce que peut ressentir une personne noire devant une patrouille de policiers blancs.

On dira comme d'habitude : "Oui, mais on ne sait pas comment la scène a commencé. On ne sait pas s'il s'est rebellé, si les policiers se sont sentis mis en danger". Et on aura raison. Pour construire un récit médiatique, il est toujours nécessaire de savoir comment la scène a commencé. En l'occurence, un extrait de vidéosurveillance montre comment Floyd a été interpellé - dans le calme. On ne sait pas ce qui se passe entre les deux moments. On le saura peut-être. 

Pour construire un récit médiatique, il est toujours sain de se mettre, aussi, dans la tête de l'avocat des policiers qui, limogés de la police de Minneapolis vont, espérons-le, devoir répondre du meurtre devant la justice. Comment ils ont été formés. Quelles sont les techniques d'interpellation qu'on leur a enseignées. Je dis "espérons-le", car rien n'est moins certain que ce procès.  Le grand jury de New York n'a trouvé "aucun motif raisonnable" de poursuivre Daniel Pantaleo, le policier new-yorkais responsable de la mort d'Eric Garner dans des conditions similaires, en 2014. Darren Wilson, le policier blanc qui a tué le jeune Noir Michael Brown la même année à Ferguson (Missouri) n'a pas été poursuivi non plus. Les morts de Michael Brown et d'Eric Garner n'ont pas empêché la mort de George Floyd. George Floyd empêchera-t-il quoi que ce soit ?


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