Les déconneurs, et le type qui était dans le champ par hasard
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Les déconneurs, et le type qui était dans le champ par hasard

Le G20 peut-il se résumer à une photo d'hommes joyeux et en apparence sans souci, alors que le monde vacille ? On pourrait le croire en regardant un échantillon de Unes dans une quinzaine de pays européens.

C'est un trio de joyeux drilles, qui s'étale à la Une de la presse mondiale. Ce n'est ni "le couple de fer" franco-allemand, ni l'hôte Gordon Brown, ni la reine, ni le couple Obama, ni Sarkozy tout seul, sans Carla (excusée). Ce sont ces trois-là, Obama, Berlusconi et Medvedev, réunis par le protocole de la composition de la photo de famille, et déridés sans doute par une bonne blague de Berlsuconi. Comme on ne dit sans doute pas dans les gévins, ils se marrent.

Et même, allez, ils déconnent.

Le regard passe d'un sourire à l'autre, le nouvel ordre mondial est en marche, et il sera radieux.

Et puis, presque sans y penser, le regard tombe sur un étrange premier plan : le haut de la chevelure du Monsieur qui se trouve devant le trio.

Ce Monsieur, le metteur en pages du Parisien ne l'a pas cadré. Il a dû penser qu'il était de peu d'intérêt pour la photo. Hors sujet. Pas dans l'histoire.

Ce Monsieur, pourtant, n'est pas n'importe qui.

Eh oui, c'est le Chinois Hu Jin Tao.

Il ne rit pas.

Il est flou. Le photographe n'a pas fait le point sur lui.

Le photographe ne le regardait pas, pas davantage que le metteur en page du Parisien.

Il ne semble pas s'apercevoir, le Monsieur, que derrière lui, ça déconne sec.

Ou bien, il n'a pas envie de se mêler à la déconnade générale.

Car il n'est pas là pour déconner, peut-être.

C'est le type qui se trouve dans le champ par hasard, quand vous déclenchez (si vous avez déjà fait une photo sur la place Saint Marc, à Picadilly Circus, ou sur la place du Tertre, vous saurez de quoi je veux parler.)

On ne devrait pas le regarder.

Et pourtant, plus je regarde la photo, plus je ne vois que lui, et plus ce sont les autres, qui me semblent voués à s'estomper, tous ensemble.

Et vous ?


Et voici, en bonus, la revue de presse internationale de Gilles Klein, qui a traqué le cliché à travers les Unes de la presse européenne :

Le G20 peut-il se résumer à une photo d'hommes joyeux et en apparence sans souci, alors que le monde vacille ? On pourrait le croire en regardant un échantillon de Unes dans une quinzaine de pays européens.

Bien que "les gains soient mesurés pour le G20", comme l'indique le titre de l'édition Europe de l'américain Wall Street Journal, le souvenir du G20 restera joyeux. L'avenir incertain de l'écomomie mondiale ne fait, en apparence, pas peur aux leaders tout sourire : Obama, Berlusconi et Medvedev donnent l'impression d'une réussite, une image souvent reprise dans les autres pays, même si le leader local n'y figure pas (voir le Parisien/Aujourd'hui en France). Exemple en Allemagne avec le Rheisnische Post.

Etrange titre pour les britanniques Guardian et Daily Mail, qui saluent la naissance du "nouvel ordre mondial de Brown" (Gordon Brown, Premier ministre britannique)


Pour deux autres britanniques, le choix est différent : The Independent (ci-dessous), a vu le nouvel ordre mondial d'Obama, qui passe devant la rangée de drapeaux, comme Brown à la Une du Guardian (ci-dessus). Mais on retrouve sur l'Evening News le trio vainqueur : Obama, Berlusconi et Medvedev.


Logique, la photo du joyeux trio fait l'unanimité en Italie :



La même image est en vignette dans le bandeau du danois Jyllands-Posten, qui affiche un grand portrait du Premier ministre Anders Fog Rasmussen. Ce dernier pourrait être nommé secrétaire général de l'OTAN, qui fête aujourd'hui son soixantième anniversaire à Strabourg. Les joyeux drilles ont plu au quotidien bulgare Dnevnik. Le quotidien se démarque poutant, de manière très originale, en montrant qu'il n'est pas dupe, grâce à une photo nettement moins optimiste qui répond aux trois hommes avec des tags sur un mur : "Le gouvernement ment, la banque vole, les riches rient."


Aamulehti (Finlande) et De Volkskrant (Pays-Bas) ont choisi un cadrage où le président chinois Hu Jintao semble ne pas se rendre compte qu'il y a des farceurs derrière lui :


La Voix du Luxembourg (Luxembourg) et De Morgen (Belgique) :


Publico (Portugal) a repris la même photo que Libération, avec l'oeillade entre Sarkozy et Obama (voir notre revue de la presse nationale française). Lidové Noviny (République Tchèque) :


Pas de chance pour Sarkozy à la Une de Dagens Nyheter (Suède), la photo est coupée, on voit Obama sourire, mais on ne voit pas à qui. Tages Anzeiger (Suisse) :


Pour finir ce petit tour d'horizon, il ne faut pas oublier la presse russe qui a bien sûr repris l'image souvenir de ce sommet : Gazeta et Nezavisimaya.



Rossiskaya et Moscow Times :

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