Le Tour de France, une barrière de langue
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Le Tour de France, une barrière de langue

Le dopage sur le Tour,
 
Ricco

ce feuilleton mou de l'été, avec ses pauvres petits acteurs multi-tamponnés. Ouverture des 20 Heures de jeudi, des journaux radio du matin de vendredi, Unes obligatoires de la presse. Ce feuilleton dont on connait les rebondissements, et la fin. Cette insulte aux scénaristes. Cette paresseuse rediffusion annuelle. Les exclamations navrées. Les questions angoissées. Les rétrospectives. Les éditoriaux indignés. Toute cette rhétorique exclamative.

En 1987, j'ai couvert le Tour de France, pour Le Monde. C'est une plongée terrifiante dans un univers totalement hermétique à l'extérieur. Je ne suis jamais parti en immersion dans un sous-marin nucléaire, mais ce doit être la même chose. Cette année-là, le Tour partait de Berlin. Le Mur était encore debout. N'y connaissant rien au cyclisme, j'étais chargé des "à côtés". Je me souviens de mon premier reportage matinal dans la caravane, avec ma question stupide sous le bras : "ça vous fait quoi, de démarrer le Tour sous le Mur de Berlin ?" Rien. Ca ne leur faisait rien. A personne. Je parlais une autre langue. Coureurs, journalistes, distributeurs de bonbons sur les routes, dirigeants, se renferment pendant trois semaines, parlent leur langue propre, vivent dans leurs souvenirs et leurs regrets, repassent le film en boucle, évacuent l'avenir.

A l'inverse, de l'extérieur, cet univers est tout aussi incompréhensible. Ainsi, la question naturelle qui vient à l'esprit ("mais pourquoi, d'année en année, continuent-ils à se doper, alors qu'ils savent qu'ils vont se faire prendre, et partiront sous les sifflets?"), cette question n'a aucune réponse formulable, dans aucune des langues ou des dialectes parlés à l'extérieur.

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Lire aussi

Dopage : la clé USB qui fait trembler le monde de l'athlétisme

Qui est Hajo Seppelt, le "Monsieur Propre" du journalisme allemand ?

Le dopage, sujet à intensité variable selon les sports

Grosses enquêtes dans le cyclisme, chauvinisme et silence en natation

Le sport, ce nouveau caviar de la télé

Pourquoi toutes les retransmissions deviennent payantes

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.