Le Fig Mag, l'hebdo qui trouve que Macron est de gauche
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Le Fig Mag, l'hebdo qui trouve que Macron est de gauche

(et s'habille mal)

Il est salutaire, de temps en temps, de changer de point de vue. Voici, au hasard d'un voyage en train, un journal qui juge sévèrement le freluquet Macron,  ses hésitations à mener une vraie politique de droite, et ses fautes de goût : c'est Le Figaro Magazine. L'hebdomadaire s'ouvre, comme chaque semaine, sur un édito du directeur, Guillaume Roquette, titré "L'ogre et la bombe". "L'ogre", c'est l'Etat, et "la bombe", sa dette. Dans la plus pure tradition des éditos de droite, il n'y manque pas un "fer aux pieds" des entreprises françaises "étranglées" par les prélèvements, ni une stigmatisation des "zigotos" qui dénoncent les "cadeaux au patronat" (ce dernier terme entre guillemets dans l'édito. Une enquête sera menée ces prochaines semaines, pour savoir si l'emploi, au moins une fois par journal, du terme "zigotos" est une exigence de l'actionnaire, Serge Dassault).

Et Macron ? "De toute évidence, estime Roquette, le pouvoir n' a pas envie de se mettre à dos l'administration publique, puisqu'il n'a supprimé cette année que 16 000 postes dans la fonction publique d'Etat. A ce train-là, il faudra plus de trente année pour parvenir aux 50 000 postes en moins promis par Emmanuel Macron dans sa campagne. Seul problème : il s'était engagé à y parvenir en cinq ans".

Laxiste, Macron est aussi accusé par Xavier Bertrand (p. 20), président de la région des Hauts-de-France,  d'avoir passé un deal avec Angela Merkel : "laisser l'industrie à l'Allemagne et les nouvelles technologies et une partie de la finance à la France".

Et si tout s'expliquait par une fragilité intime ? La réédition de la biographie d'une journaliste maison, Anne Fulda, "permet de mieux comprendre les ressorts psychologiques" du président, estime l'hebdomadaire (p. 20). "Oui, peut-être" a-t-il répondu à la question de savoir s'il ne faisait pas "tout ça" pour sa grand-mère, qu'il adorait, et qui l' a élevé".

Heureusement, la relève se prépare.  "Laurent Wauquiez, mission accomplie", proclame le titre de la page du sondage-maison (p. 22), alors que Wauquiez, dans les résultats chiffrés publiés à côté de l'article, plafonne à la 24e place dans les réponses à la question : "souhaitez-vous lui voir jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir" (avec 14% de réponses positives).

Mais il faut atteindre la page 95, et la chronique "du tailleur Scavini", pour que soit lancée l'accusation la plus infâmante. "Le président de la République a été aperçu récemment portant une paire de richelieus noirs pourvue de lacets rouges (...) Jouer de ce type de détail coloré est une fantaisie que peuvent s'accorder les mariés le jour J (...) En revanche, étendre ce principe au quotidien (...) peut témoigner d'un goût douteux (...) Le Palais de l'Elysée a cru bon de communiquer le prix de la paire de souliers portée par Emmanuel Macron : 249 euros. Un cadeau offert par un marchand en ligne lors d'une visite (...) On regrettera que son attention ne se porte pas sur des souliers de bottiers français renommés comme Weston ou Abercy".

ouf, il va sauver la chasse à courre

Rien à sauver, chez le va-nu-pieds Macron, aux yeux du magazine de Serge Dassault ? Heureusement, si. Passons sur la page d'Eric Zemmour, qui regrette qu'on ait renoncé commémorer Maurras ("son antisémitisme était un antisémitisme d'Etat (...) à la manière de Richelieu luttant contre "l'Etat dans l'Etat" huguenot"), passons sur les deux reportages sur ces paysages de désolation que sont les îles Kerguelen et les comptes de France Télévisons (pourquoi ne pas lui réserver le sort que certains destinent à la télé publique suisse ?), et filons au galop sur la longue enquête sur les malheurs de la vénerie, et plus précisément sur "la guerilla des antichasse", ces militants qui marquent à la culotte les équipages de chasse à courre, dans la forêt de Compiègne (pp. 60 à 66). Pour avoir abattu un cerf dans une propriété privée, le "maître d'équipage", Alain Drach, a reçu, après diffusion des images sur les réseaux sociaux, "plus de 150 menaces de mort" . Heureusement, Emmanuel Macron, cette fois, s'est rangé du bon côté, en rappelant que "les chasses traditionnelles font partie du patrimoine de notre pays". Ouf ! Pour cette semaine, tous ses autres péchés peuvent lui être pardonnés.


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