Le Drian, Le Petit Journal, et la liberté de la presse
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Le Drian, Le Petit Journal, et la liberté de la presse

, jubile Yann Barthès. "Ce dossier", c'est le cumul de fonctions

"Un mois qu'on est sur ce dossier" du ministre-président de région Jean-Yves Le Drian. On le savait déjà depuis la veille, Le Petit Journal a donc suivi le ministre en Bretagne, tout au long du week-end où il se transforme en président de région. L'émission diffusait hier soir l'intégralité de la jubilatoire poursuite du cumulard par le reporter du Petit Journal Hugo Clément (transfuge de France 2). Dans les couloirs du Conseil Régional de Rennes, dans la salle, et même à la tribune, Clément ne lâche pas sa cible. "On peut discuter cinq minutes ?" "Vous gérez les affaires de la France depuis ici ?" "Monsieur le ministre, j'ai retrouvé le jour où vous avez dit que la règle du cumul s'appliquerait à vous". Archive : "la règle du cumuil s'appliquera pour moi". A des conseillers régionaux le driannisés : "ça ne vous dérange pas d'avoir un président de région qui n'est quasiment jamais là ?" Le choeur des offusqués : "Il est victime des effets secondaires des attentats". "Quand on veut se rendre disponible, on se rend disponible". "Vous croyez que les Bretons n'ont pas répondu à cette question ?"

L'abnégation étant la force des grands chefs militaires, Le Drian, pour sa part, se conforme à une règle de fer : ne pas s'énerver devant la caméra. Il sait que toute menace captée par un micro lui serait fatale. Dans la salle : "Je suis ravi que le Petit Journal vienne si souvent en Bretagne". A la tribune : "Je vous remercie d'être venu à l'ile de Groix. Vous y êtes venu, et j'ai fait 72% à l'ile de Groix". Au point que c'est parfois le chasseur qui craque : "Mais pourquoi vous ne me répondez jamais sur le fond ?" N'empêche que hors-micro, comme nous le racontions hier, Le Drian a menacé Clément de faire saisir les rushes de l'émission, pour prouver que Clément a bien filmé son domicile rennais, ce que dément le reporter (il n'a filmé que les militaires en faction devant ledit domicile).

Le cumul de fonctions par Jean-Yves Le Drian, en contravention avec une promesse présidentielle de 2012, n'est sans doute pas le facteur qui menace aujourd'hui le plus gravement la République. D'autant que l'argument des ledriannistes mérite examen, et pose une redoutable question théorique : au nom de quoi, finalement, Barthès et Clément sont-ils plus légitimes que les électeurs bretons, lesquels ont réélu leur cumulard dans un fauteuil ? La réponse est simple : au nom de cette vieille lune qu'on appelle la liberté de la presse, épargnée de justesse par la loi sur l'état d'urgence, et qui trône parmi "novaleurs", que défend le gouvernement de Le Drian contre les terroristes. Liberté de la presse, comme disait Le Canard, qui ne s'use que quand on ne s'en sert pas. Liberté de la presse, que Le Petit Journal (que nous avons souvent critiqué ici) pousse ostensiblement à ses limites. Raison pour laquelle, dans ce feuilleton, toute la presse devrait le soutenir, et le relayer contre d'éventuelles tentations liberticides.

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