Le dîner de l'Elysée
chronique

Le dîner de l'Elysée

Le dîner ne figurait pas à l'agenda présidentiel. C'est à 11 heures 28 qu'on en apprend l'existence, par une indiscrétion de la journaliste du Point Nathalie Schuck. Sacrée soirée. Ils sont dix autour de la table, mercredi soir. Dix hommes (Castex, Ferrand, Castaner, Bayrou, et quelques autres moins notoires). Et de quoi ont-ils parlé, jusqu'à minuit et demie ? Des élections régionales de juin prochain. Sujet urgent du moment, sans aucun doute, à la veille du lancement d'une périlleuse campagne de vaccination. (Soyons justes : Le Point ajoute qu'on parla aussi référendum, et programme des réformes). C'est bien malin, de jouer la transparence totale, avec bulletin de santé immédiat, sitôt que l'on a appris jeudi matin que le président était positif au COVID, et de se faire pincer sur une rencontre clandestine du Tout Etat, au palais présidentiel.

Jusqu'à 11 h 28, les télés amusaient la galerie avec la boucle des images tactiles de la réception à l'Elysée du Premier ministre portugais, ou celles du président du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, lui aussi placé en quarantaine. Le président faisait son boulot de président, transmettant officiellement ses aérosols à ses interlocuteurs officiels. Il faudra quelques heures, et le début d'une bronca saur les réseaux sociaux, pour que les chaînes intègrent le dîner au grand jeu du kikacontaminéki du Tout Etat. Avec schéma du plan de table, où l'on apprend que le rang protocolaire des convives détermine directement leur risque d'être cas contact des postillons présidentiels. Mieux vaut donc, comme s'en amusait Mélenchon à propos d'un repas précédent, être placé en bout de table.

Dix à table quand on limite les agapes familiales à six personnes, minuit et demie en période de couvre-feu à 20 heures, un boy's band : en un seul repas, trois sujets d'indignation offerts à Twitter. Voilà donc comment l'Etat est dirigé, quand on n'a pas à afficher des femmes pour les photographes. Entre hommes. Sans souci des règles sanitaires imposées aux autres. On se souvient comme au premier confinement, des ministres apparaissaient, seuls démasqués, dans des manifestations officielles par ailleurs respectueuses des consignes. Ou encore comme Castex avait admis ingénûment ne pas avoir téléchargé l'application StopCovid. Mais que peuvent bien craindre les Corps Supérieurs de l'Etat, si bien immunisés par ailleurs ?

Cette chronique s'interrompt pour quelques jours de trève. Joyeuses fêtes à tous, respectez les consignes sanitaires (et surtout la consigne ci-dessous) !

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