Laurence qui ?
Le matinaute
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chronique

Laurence qui ?

Sonnez hautbois résonnez musettes, le président est venu sur le plateau de France 2.

Il est venu normalement (en métro ?) se soumettre aux questions normales d'un présentateur normal, qui très normalement s'est abstenu de lui poser les questions qui pourraient fâcher (condamnations de Ayrault et Montebourg, polémique Taubira, etc). Tout va pour le mieux à Normaland. Attention: ce ne sont encore que des bébés questions qui fâchent, sur des affairounettes. Rien à voir avec le prédécesseur. Mais tout de même: c'est un signe pour la suite.

Ce grand moment de normalité a été salué comme il convient par le chef du service politique de France 2. "On s’attendait à ce que ça ait lieu à l’Elysée ou au moins sur un plateau spécial chez nous, et qu’on nous demande un entretien avec plusieurs journalistes comme c’est d’habitude le cas avec les présidents. Ça n’a pas été le cas. On est dans la banalisation de la communication du président «normal»", a déclaré au Monde Fabien Namias. Signe que cet éminent confrère a dû avoir quelques instants de distraction, François Hollande ayant fait part, dès avant son élection, de son désir de se rendre personnellement sur les plateaux de télévision, plutôt que l'inverse. Et dès le lendemain matin, les radios résonnaient des exégèses des petites phrases présidentielles. Rendez vous compte de l'événement: il a dit "je ne suis pas un président de transition". Bref, tout sera "normal" dans la communication présidentielle, quand les journalistes politiques n'y accorderont pas davantage d'importance que n'en méritent, en elles-mêmes, les déclarations. On n'y est pas.

A peine Hollande avait-il quitté le plateau de France 2, que sourdait sur Twitter la considérable nouvelle du départ de Laurence Ferrari du 20 Heures de TF1. Laurence qui ? Ayant personnellement déserté depuis un certain temps le 20 Heures de TF1, je suis bien en peine de dire ce qui clochait dans ce journal. Mais voici une hypothèse: si les 20 Heures des deux chaînes historiques restent, en mode mineur, les moments fédérateurs qu'ils furent au siècle dernier, avant la TNT et Internet, c'est parce qu'ils réunissent à la fois des téléspectateurs qui adhèrent à leur message formaté, et des télespectateurs qui adorent détester ce qu'ils regardent. Or, autant on peut adorer détester la néo-balladurienne Chazal, l'insipide Marie Drucker, ou le survolté et survendeur Pujadas, autant l'imposteur mégalomane PPDA suscitait l'hystérie, autant Ferrari n'offrait paradoxalement aucune prise, ni à l'adhésion, ni au rejet. Non pas qu'elle fût plus mauvaise qu'une autre: se souvenir par exemple qu'elle fut, pendant la campagne, la seule à interroger Sarkozy sur les accusations de financement par Kadhafi. Sans doute, davantage que les autres, souffrait-elle de se couler dans le moule, de se plier au cahier des charges consistant à ne surtout fâcher personne. Mais, muselée par la raison d'état, elle n'offrit jamais cette souffrance en spectacle. Désarmant les colères et décourageant les solidarités, campant entre les deux camps, elle était devenue transparente.

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