La dernière campagne : la télé ose (un peu)
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La dernière campagne : la télé ose (un peu)

Fut un temps où la télé française n'osait pas.

N'osait pas, avant un délai de décence de l'ordre du demi-siècle dans le meilleur des cas, s'emparer de la politique, ni de la finance, ni des affaires politico-financières, ni des grandes affaires judiciaires, ni de rien, pour les transformer en fictions. Fut un temps où l'on pointait avec envie la BBC qui, elle, n'est-ce pas, osait tout. A cette déploration unanime "La dernière campagne", fiction de France 2 sur la présidentielle (pas celle de 2002. Même pas celle de 2007. Celle de 2012 !), diffusée à l'heure de la plus grande écoute, semble avoir été écrite pour apporter un démenti éclatant. Voyez comme on ose, aujourd'hui ! semble proclamer France 2 aux déplorateurs d'hier. Et voici en effet un trio d'acteurs (Patrick Braoudé, Thierry Frémont, Bernard le Coq) campant les trois derniers présidents vivants, Hollande, Sarkozy, et Chirac. Sans aucun excès de révérence, envers ces figures pourtant sacramentelles, et accessoirement instances de nomination, passées ou futures, du président de France télévisions: Chirac et ses absences séniles, Sarkozy et ses tics nerveux, Hollande et sa niaiserie. Et pas seulement eux. On s'esbaubit aussi au festival des seconds rôles (NKM, Jean-Louis Debré, sans oublier le bichon Sumo), tous plus jouissifs les uns que les autres. Ce casting est un orgasme permanent.

Le scénario, lui aussi, a osé s'affranchir de la réalité attestée, pour imaginer des rencontres nocturnes fantasmatiques, dans un château de Solférino déserté et branlant, entre Hollande et Chirac. Un Hollande à la ramasse, en panne d'idées, et un Chirac qui lui apprend à serrer des mains en regardant les gens dans les yeux, et lui souffle ses thèmes de campagne, à commencer par la tranche de 75%. Sur le message politique recherché par ces audaces scénaristiques, on reste perplexe, mais peut-être n'y en a-t-il aucun.

Est-ce à dire que le Rubicon est franchi, et que l'on peut désormais attendre, pour septembre, un téléfilm Cahuzac, sur lequel planchent déjà trois équipes concurrentes de scénaristes ? Pas si vite ! Restent tout de même quelques inhibitions discrètes, mais éloquentes. D'abord, anecdotiquement, sur les femmes et les compagnes. Si Bernadette Chirac, plus revêche et Chodron de Courcel que nature, est délicieusement présente dans le téléfilm, pas trace de Carla Bruni ni de Valérie Trierweiler. L'audace a ses limites. Surtout, l'action reste cantonnée à la politique politicienne. Seule l'affaire Merah vient y apporter le souffle des convulsions de la société. Du chômage, de Florange, des Roms, de l'identité nationale, de Takieddine, de Tapie, de Bettencourt, pas une seule trace. Sur les casseroles période mairie de Paris de l'émouvant vieillard Chirac, en revanche, quelques allusions plus explicites. Bref, bon début, mais encore des efforts à faire...

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