Intelligences artificielles
Le matinaute
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chronique

Intelligences artificielles

C’est un fait-divers qui aurait pu avoir des conséquences tragiques.

Un automobiliste s’est récemment retrouvé coincé sur une voie ferrée, parce qu’il avait aveuglément suivi les indications de son GPS. Heureusement, cette méprise s’est déroulée de nuit, à l’heure où les trains ne circulent pas, et la gendarmerie a pu évacuer la voiture sinistrée.

Avouons-le: en lisant la nouvelle, je me suis senti solidaire de ce naufragé du satellite. Une poignée de fois, il m’est arrivé de me retrouver dans un cul de sac, au fond d’un lotissement paumé, parce que j’avais suivi aveuglément mon GPS. Pour peu qu’il soit doté d’une voix ferme et autoritaire, juste ce qu’il faut, je suis certain que je ne suis pas le seul.

Pourquoi suit-on aveuglément son GPS, même quand d’autres signaux accessibles à nos intelligences humaines (le bon sens, les panneaux routiers, la position du soleil) nous indiquent qu’il fait fausse route? Parce qu’on pense qu’il ne peut pas se tromper. Même le plus méfiant des humains à l’égard de tous les énoncés possibles (et je parle d’expérience) ne peut pas imaginer que la machine se trompe. Il peine à imaginer qu’elle se trompe simplement parce qu’on ne lui a pas enfourné toutes les données utiles. Par exemple, mon GPS ne connait pas (et il est bien pardonnable) tous les tronçons d’autoroute entrés en service après sa conception. Il ne les connait simplement pas. Sur l’un de ces tronçons, il s’imagine en plein champ. Notez qu’il a au moins une qualité: il ne panique pas, ni ne se vexe.

Quiconque a déjà ainsi dialogué avec une machine apparemment pensante ne peut résister à la tentation absurde de tester sa susceptibilité, voire de rechercher en lui des traces d’émotions humaines, comme on cherche des traces de la vie sur Mars. Ce peut être un GPS, ou bien un automate à dialogue de la CAF (lire les hilarants dialogues de Klaire fait Grr avec les automates de réponse de la Sécu). Peine perdue. Il se contente de nous indiquer imperturbablement des voies de traverse qui n’existent pas, ou sont inaccessibles. Ce sang froid incroyable renforce d’ailleurs notre confiance en lui.

La grande différence entre mon GPS et AlphaGo, le joueur de go de Google, qui vient de battre à Seoul le meilleur joueur humain du monde, c’est que ce dernier, outre qu’il n’est pas accessible à la fatigue ou au découragement, apprend, lui, de ses erreurs. Vous avez bien lu: à la différence d’un dirigeant politique ou d’un cardinal, il emmagasine l’expérience, et en tire parti. C’est du moins ce que je retire des efforts des meilleurs vulgarisateurs, avec mon intelligence humaine. Quand on aura clôné le joueur de Go de Google dans mon GPS, il est certain qu’il ne m’emmènera plus au fond des impasses des lotissements paumés. En revanche, il est probable qu’il sera beaucoup plus irritable devant toutes mes erreurs de conduite ou d’itinéraire, et sera un jour ou l’autre tenté de conduire à ma place. Ses concepteurs peuvent bien tenter de nous rassurer sur le mode«allons donc, on ne l’a programmé que pour jouer au Go, il ne sait rien faire d’autre», bien entendu, à la différence du GPS, nous ne les croyons pas. Ce qui est tout de même une attitude plus saine et qui nous différencie (encore) des intelligences artificielles.

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