Hors système, une évasion
Le matinaute
Le matinaute
chronique

Hors système, une évasion

Le système. L'infernal système. Mélenchon et l'équipe matinale de France Info

se le renvoient comme un mistigri. Qui est dans le système ? Qui n'y est pas ? C'est vous qui z'y êtes. Non c'est vous. C'est la question clé du moment, ce moment où quelques centaines de zinzins, place de la République, chamboulent soudain toutes les catégories. Et moi ? se demande soudain le matinaute. Est-ce que je suis dans le système ? Ou plutôt, dans quel système je suis ? A quel système suis-je soumis ? A quels automatismes ? A quelle incarcération dans quelles habitudes ? A quels formatages inconscients ? A quelles obligations de traiter chaque matin le même sujet ? Alors si on s'évadait. Si on le laissait radicalement derrière soi, son système intérieur ? Si on trouvait un passage secret. C'est bien moins dur qu'on ne l'imagine. Il y en a tous les matins, des voies de traverse, des passages secrets. Il suffit d'avoir le courage. De se laisser porter. Par exemple, rien que ce matin, cette chronique de Rebecca Manzoni reprenant l'interview de Christophe, qu'on avait manquée dans Libé le week-end dernier. Ce pourrait être l'entrée, par exemple.

Pas dur. Elle est là, l'interview. Sur cinq pages. Il y a toutes sortes d'interviews, courtes, longues, sèches, dégoulinantes, surprenantes, désespérantes. Et puis il y a les interviews Christophe, qui se trainent jusqu'à 4 heures du matin. C'est une interview balade, une interview dérive, sans rime ni raison. Une interview comme il est, le sublime casse-couilles, à l'écart. Une interview qui plonge dans les trucs, les poussières, les vestiges, qui barbote dans sa piscine du Luberon, se perd dans les ruelles de Tanger, se désespère de la qualité du parmesan dans les pâtes, et rebondit sur les cuisses de Catherine Ceylac, présentatrice de France 2. S'appliquer à ne pas se laisser désarçonner par le Monument National, le Survivant, le créateur des Marionnettes et des Mots Bleus, gratitude éternelle. Soupirer au fil de la lecture qu'on a quand même un peu raté sa vie, puisqu'on n'a jamais rencontré Christophe, jamais interviewé Christophe, jamais même croisé Christophe dévorant des endives rue de Sèvres au petit matin, jamais vécu cette expérience-là.

Et tout d'un coup, vers le milieu de l'interview, arrive la fille. Copier-coller : "Regarde comment j’écris. Quand je me couche vers 5 ou 6heures du mat, je regarde un film, jusqu’à 8heures, tu vois. Après, j’allume la téloche pour voir si y a pas une redif d’Hanouna, parce qu’il me fait rire, j’ai besoin de rire, quand t’as bien gambergé, que tu t’es bien levé tôt. Je passe par Dave, sur laTrois, et cette fille, elle arrive, je sais pas pourquoi [lire page7]. Je vois la meuf, elle commence à chanter une chanson, son 45tours. Vous allez comprendre pourquoi j’ai fait appel à elle. Elle écrit comme j’aimerais écrire, elle a un truc, elle a un don, la meuf. Et je la fais venir la nuit et on fait des chansons ensemble, tu vois ?"

S'enfiévrer soudain. Comprendre que quelque chose se joue peut-être. Retrouver la page 7 dans le numéro du 2 avril. Y apprendre que "la fille" s'appelle Laurie Darmon, 24 ans. Découvrir éberlué ce petit bijou, Mes mots, tes lèvres douces. Se dire que si on ne s'était pas glissé ce matin dans le passage secret, on serait passé à côté de Laurie Darmon, on aurait raté ça. Réaliser qu'on a encore toutes les chansons de Laurie Darmon à découvrir, les actuelles et les futures. Rêver vaguement que Christophe et Laurie Darmon viennent chanter un soir place de la République, devant La Nuit debout, comme ça, rien que pour voir. Se demander, si ça arrive, comment on pourrait être prévenu.

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.