Genou à terre et talons aiguille
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Genou à terre et talons aiguille

C'est l'été, et c'est le retour de Lébleus. D'abord, l'affaire du genou à terre. L'équipe de France de foot, pour son match inaugural de l'Euro contre l'Allemagne, a annoncé son intention de "mettre un genou à terre", en signe de lutte contre les discriminations raciales, à l'image de nombreux sportifs de par le monde, à commencer par les Américains. Pour ou contre le genou à terre ? La machine CNews se répand en protestations (bridées néanmoins, car on n'attaque pas Lébleus, tant qu'ils ne font pas grève) : la France, ce n'est pas les États-Unis. A la différence des États-Unis, il n'y a pas de racisme structurel dans la police (voyez par exemple cette interview d'anthologie d'Adrien Quattenens par Laurence Ferrari). Le soir venu... pschiit, pas trace de genou à terre. Parce que Lébleus ont appris que Lamannechaft, elle, ne mettra pas de genou à terre. L'équipe de France ne pratique pas le genou solo. C'est à deux, ou pas du tout.

À peine a-t-on le temps de se remettre du scandale et de la disparition du "genou à terre", que déboule l'affaire des chaussures d'Assa Traoré. Je résume : la sœur d'Adama Traoré est promue égérie d'un fabricant de chaussures de luxe en talons aiguille (600 euros la paire). Scandale immédiat dans Marianne, qui ne rate pas une occasion de cogner sur la gauche woke, au nom, officiellement, de la gauche Goodyear (voir notre enquête d'hier).

Alors je sais que la mouvance Traoré, relookée talons aiguille, expliquera toutes les bonnes raisons de la conversion d'Assa Traoré (même en manif, sur les pavés ? Reste à voir). 100% de bénéfices iront à des ONG, comme l'a tweeté le compte Vérité pour Adama. C'est une manière de faire entrer la lutte dans une autre imagerie, de la rendre accessible à un autre public. C'est courageux, de la part de la marque de luxe. Et puis après tout, pourquoi pas elle ? Mais ce poing levé. Cette discordance provocatrice, entre membres inférieurs et membres supérieurs. Cette photo qui pourrait être un "deep fake" de la fachosphère, mais ne l'est pas. Toute énergie investie dans le combat était donc destinée à être recyclée en blacklives washing ? Toute lutte, même la plus légitime, se dissout-elle fatalement un jour dans une imagerie provocatrice ?  Toute colère finit en spectacle sponsorisé, Guy Debord l'a dit depuis longtemps (ou au moins c'est le sens). 

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