Fukushima, zéro mort ?
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Fukushima, zéro mort ?

Zéro mort à Fukushima ? Oui, zéro mort lié aux retombées radioactives, et Géraldine Woessner, du Point, s'en réjouit, à l'occasion du dixième anniversaire de la catastrophe. "Les retombées radioactives de l'accident ont causé des centaines de morts, selon le dernier baromètre de perception des risques de l'IRSN. La réalité ? Elles n'en ont causé aucun, et aucun cas de cancer n'a pu être, dix ans après, lié à ces mêmes retombées radioactives". Le titre : "Zéro mort, aucun cancer, le vrai bilan de l'accident nucléaire de Fukushima".

Si Le Monde, pour sa part, choisit de titrer sur "L'impossible bilan de la catastrophe nucléaire", l'enquête de Nabil Wakim et Perrine Mouterde, spécialistes de l'énergie, commence néanmoins par la même confirmation-choc : "Aucun décès ni aucun effet néfaste sur la santé des résidents de la préfecture de Fukushima directement attribuable à l’exposition aux rayonnements n’ont été documentés, et il est peu probable qu’un effet futur sur la santé soit perceptible."

Pourquoi, dans ces conditions, Le Monde ne titre-t-il pas sur le "zéro mort", information sensationnelle et accrocheuse, tant elle contredit la perception commune, que traduit par exemple une dépêche AFP, reprise par Libération, qui arrive à 18 500 morts, mais causés "principalement" par le tsunami (et non la catastrophe nucléaire") ? Obsession de dénigrement du nucléaire ? Non. Parce que l'évacuation en catastrophe, elle, a tué : "Les autorités japonaises, dit Le Monde, estiment que plus de 2 300 personnes sont mortes de façon prématurée en raison des défaillances des structures médicales et des conditions de vie difficiles liées à l’évacuation". Des morts "souvent âgés ou malades" précise Woessner, qui établit le bilan à 2 200, mais ne chipotons pas.

À en croire le bilan du Monde, sur la base, comme celui du Point, d'une enquête du comité scientifique de l'ONU pour l'étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), le problème principal est ailleurs. Dans les opérations de décontamination, que Le Monde décrit ainsi : "Dans une zone de 50 km autour de la centrale, en dix ans, les zones urbaines et les terres agricoles ont été grattées, de 5 cm à 10 cm, pour retirer la terre et les matériaux contaminés par des éléments radioactifs. Ce gigantesque chantier a produit entre 17 millions et 20 millions de mètres cubes de déchets, l’équivalent de 5 000 piscines olympiques. (...) Le gouvernement japonais s’est donné jusqu’à 2045 pour trouver un lieu de stockage définitif – certains de ces déchets resteront radioactifs pendant encore trois cents ans".

Récemment mise en cause pour son biais pro-nucléaire, Woessner minimise-t-elle l'ampleur de cette décontamination ? Disons que c'est une question de vocabulaire. "Le chantier a été colossal, écrit Woessner. Commencés en 2013 et achevés en 2019, les travaux ont coûté 24 milliards d'euros : 16 000 personnes ont excavé plus de 20 millions de mètres cubes de terrain" (accord sur le volume excavé, même si Woessner s'abstient de l'éclairante comparaison avec les piscines olympiques), "qui seront stockés pendant des décennies" poursuit Le Point, là où Le Monde préfère souligner que "certains de ces déchets resteront radioactifs pendant encore trois cents ans (soit trente décennies, NDR).Restent les forêts, "qui représentent environ 75 % de la préfecture de Fukushima, n’ont pas été décontaminées – et ne le seront pas" souligne Le Monde, alors que Le Point mentionne allusivement que  "les forêts n'ont, elles, pas été touchées". La catastrophe est dans les détails.

Fukushima Woessner


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