Féminisme et trous noirs
Le matinaute
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chronique

Féminisme et trous noirs

Tous féministes, pour un jour.

France Inter et Le Monde ont décidé de célébrer le 8 mars par un appel à soutenir les femmes arabes. Très bien. Au moins, on est sûrs que tout le monde sera d'accord. Que les femmes arabes aient besoin d'être soutenues, c'est une certitude depuis longtemps, partagée par beaucoup, au premier rang desquels le célèbre Philippe Val, directeur de France Inter, et par nature défenseur des femmes dans l'univers musulman.

Quant aux femmes chez nous, en France, elles vont bien, merci. A quelques nuances près, que rappelait opportunément (et habilement) Jean-Luc Mélenchon mercredi soir, dans un rassemblement de mouvements féministes de gauche (auquel assistait le matinaute): l'écrasante majorité des emplois précaires sont occupés par des femmes. L'écrasante majorité des smicards sont des smicardes. Porter le SMIC à 1700 euros, comme le propose Mélenchon, c'est donc, de fait, prendre une mesure en faveur des femmes. Curieusement, cette donnée a été très peu (voire pas du tout) rappelée aux radios du matin. Curieusement, on attend encore l'appel de France Inter et du Monde à l'augmentation du SMIC, ou au droit automatique au passage à temps plein pour les salarié (e) s à temps partiel contraint.

Tous féministes, même Elkabbach. Cette journée est aussi l'occasion d'évoquer l'avortement, pardon, l'ivégé (le mot avortement a apparemment disparu des écrans radars du discours public). Episode du moment: Marine Le Pen propose de dérembourser les ivégés "de confort". Tollé général. Oui, général. Jusqu'à Elkabbach, c'est dire s'il est général. "Etes-vous, comme Xavier Bertrand (...) scandalisée par cette proposition ?" demande Elkabbach, ce jeudi matin, à Eva Joly. C'est évidemment la question, qui est délicieuse. "Comme Xavier Bertrand": voici donc Bertrand rangé parmi les défenseurs du droit à l'ivégé, alors que la réforme sarkozyenne de l'hôpital, comme le rappelaient les organisatrices de la soirée de mercredi, a entrainé la fermeture de nombreux centres ivégé. Tiens, à propos: combien de fermetures exactement ? se demande le consciencieux matinaute, qui tente de dénicher le nombre exact par une petite recherche Google. Plusieurs dizaines ? 150 ? Mission impossible. Aucun organisme statistique public ou associatif, aucun média, n'a apparemment entrepris de totaliser les fermetures de centres ivégé entrainées par la réforme de l'hôpital (je serai ravi d'être démenti par nos vigilants forumeurs). Trou noir statistique éloquent, une fois de plus.

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