Deux morts et des sapins
Le matinaute
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chronique

Deux morts et des sapins

Havel et Kim Jung Il. Le géant et le despote, répètent les nécros médiatiques

dont, pour une fois, on peine à prendre le contrepied. Qu'en dire ? Rêver des parallèles, des oppositions, une improbable rencontre aux portes du paradis ? Mais non. Rien d'autre à en dire que l'actualité est ironique, comme le remarque Pascale Clark. Et puis, le matinaute bute dans Libé sur une drôle de racine: un long article sur les sapins Pif. Les sapins Pif ? Les sapins Pif. On pourrait passer sans lire, mais tout de même, les sapins Pif. Et puis, l'enquête est signée Sophie Gindensperger, honorablement connue de nos premiers abonnés.

Or donc, pour nos très jeunes ou très vieux lecteurs, l'histoire est la suivante: au début des années 70, en pleines trente glorieuses, le magazine oecumenisto-communiste Pif Gadget offrit à ses très jeunes lecteurs des pousses de sapins. Qu'ils les plantent, les bichonnent, et bientôt le résineux dépasserait en taille leur pavillon, ou même leur immeuble. Quarante ans plus tard, il est temps de tirer un bilan: le paradis pifiste existe, et certains sapins Pif se portent bien, très bien. Leurs heureux propriétaires viennent de se retrouver grâce aux efforts conjugués des anciens et des nouveaux médias. On les contemple, ces sapins. Qui y croyait, qu'ils parviendraient vraiment jusqu'à trente mètres de haut ? Mais c'est l'époque où l'on ne grugeait pas le client: comme le rappelle l'initiateur du projet, Joël Fauré, les éditions Vaillant avaient commandé les sapins (en fait, des épicéas) en Hollande, et pas en Chine. Personne ne parle encore d'organiser un congrès, mais le blog de Libé organise déjà des comparaisons.

Anciens et nouveaux medias: c'est Internet, aussi, qui a permis à tous ces grands enfants, aujourd'hui à peine quinquagénaires, cette génération arrivée juste après celle de 68, arrivée à l'âge adulte après les Beatles et Woodstock, et sans autres repères générationnels que Pif et Astérix, de faire autel de ces repères, et de se retrouver autour de l'éternelle nostalgie. On attend avec intérêt que les candidats de 2012 s'intéressent à cette clientèle-là. Son problème, c'est qu'elle ne demande pas grand chose.

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