Des défoncés, des crétins, et des causalités
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Des défoncés, des crétins, et des causalités

Collisions cocasses des agendas médiatiques. Je tombe d'abord sur cet article des Échos.

Sous le titre "Trump désole le monde, pas ses électeurs", on lit :"La mortalité infantile que le progrès économique fait décroître régulièrement dans le monde entier, s'est accrue aux États-Unis passant de 16,9 morts pour 100 000 naissances en 1990 à 26,4 en 2015" : celui qui le dit, c'est Eric Le Boucher, éditorialiste qui ne passe pas pour un adversaire du libéralisme. Et qui poursuit : "La mortalité globale de 45 à 54 ans a cru, selon les calculs du prix Nobel Angus Deaton, avec des décès prématurés particulièrement marqués pour les faiblement diplômés. Les causes en sont (...) l'épidémie d'opiacés (substances antidouleur à base de morphine) qui ravage le pays. Il y a plus d'Américains qui meurent d'overdose que d'accidents de la route (...) « Dans l'Amérique du XXI° siècle, plusieurs millions d'hommes dans la force de l'âge, ne travaillent pas, ne cherchent pas d'emploi, sont assis devant leurs écrans, défoncés », note Nicholas Eberstadt économiste de Harvard".

Moyennant quoi, les Américains ont voté pour un président dont un point important du programme consiste à réduire ou supprimer la prise en charge sanitaire de ces défoncés devant leur écrans. Il est même probable que certains ont voté pour lui. Et le même article des Échos nous précise donc que ses électeurs, un an plus tard, en restent satisfaits.

Si j'osais, il y aurait bien un début d'explication, que l'on pourrait chercher dans un documentaire diffusé sur ARTE à la fin de la semaine dernière, et titré par la chaîne "Demain tous crétins ?" Sous ce titre attrape-audience, Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade mettent en cause certains perturbateurs endocriniens qui, attaquant la glande thyroïde, notamment celle des femmes enceintes, provoqueraient des lésions au cerveau et, tendanciellement, dans les dernières décennies, une baisse du QI. Et où les trouve-t-on, ces perturbateurs ? Dans les retardateurs de flamme dont sont farcis les téléviseurs ou les canapés, ou... dans les pesticides. Pour plus de précisions, voir ici,notre émission avec Stéphane Horel, journaliste française spécialiste du sujet.

Avec mes petits doigts de matinaute, je cherche en ligne des réfutations à ces accusations. Après tout, logiquement, Monsanto, dont on vient de mesurer récemment l'efficacité en matière d'intoxication mondiale de l'opinion, a dû se déchainer contre les scientifiques unanimes interrogés dans ce documentaire. Je n'en trouve aucune, ou alors ce blog, anonyme. Il faut donc bien admettre que le lien de causalité entre exposition aux perturbateurs endocriniens, et dommages causés à la thyroïde est, sinon avéré, pour le moins plausible, ce qui suffirait à justifier que ARTE diffuse ce film à une heure de plus grande écoute que 22 heures 25. Et, en attendant, qu'on lui donne le plus large écho possible.

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