Députés absents : notre indignation quotidienne
Le matinaute
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chronique

Députés absents : notre indignation quotidienne

Dans les couloirs de l'Assemblée, le Petit Journal, comme chaque jour, traque les députés.

Thème du jour : l'absentéisme. Alors, où étiez-vous, hier soir ? Ah, vous étiez au restaurant ! Ah, vous n'étiez pas en séance ! Ah, vous étiez chez vous ! Ah, vous étiez sur les plateaux télé ! Ah, c'est la faute aux couloirs trop longs, qui ne vous ont pas laissé le temps d'arriver à temps ! Ah, vous aviez piscine ! La veille au soir, en effet, le premier article du projet de loi sur la révision constitutionnelle a été voté, par seulement les 129 députés présents (sur 577). Et Yann Barthès, frémissant d'indignation citoyenne, attention, va sortir la carte de France des députés absentéistes. "Vous êtes bien assis ? Confortable ?" En vert, les circonscriptions des présents. En rouge, celles des absents. Horreur et consternation ! "Comment ont-ils pu ne pas avoir envie de participer au vote ?"

Il ne fait pas bon avoir été absent, devant les caméras de l'émission d'infotainment. Il faut en arriver au dernier député harponné dans les couloirs, pour décrocher enfin une bribe d'explication : hier soir, c'était lundi soir. Et le lundi, beaucoup d'élus ne sont pas en séance, mais dans leur circonscription. Car le métier de député ne consiste pas seulement à faire de la figuration devant les caméras de France 3. Il consiste aussi, par exemple, à participer aux manifestations associatives, ou à recevoir ses électeurs, lesquels ont souvent le mauvais goût de résider loin de Paris. Accessoirement, le vote de lundi soir n'était qu'un vote intermédiaire. Le projet de loi lui-même devait être voté solennellement mercredi (aujourd'hui).

Ce calendrier n'est sans doute pas la seule cause de l'absentéisme massif de lundi soir. Il est possible que des élus, tourneboulés par le psychodrame de la déchéance de nationalité, en désaccord avec les consignes (par ailleurs obscures et changeantes) de leurs partis, aient courageusement choisi de prolonger leurs séjours en circonscription. Mais Le Petit Journal ne fait pas le détail. Le Petit Journal s'indigne en bloc. Le Petit Journal doit fournir à ses télespectateurs leur dose quotidienne d'indignation rigolarde. Dans la tenaille infernale de l'info continue et des réseaux sociaux (car le Petit Journal n'est pas seul à s'indigner. De nombreux confrères, et non des moindres, se sont étranglés aussi), la vie politique est de plus en plus traitée sur ce mode unique : l'indignation. L'indignation mécanique. L'indignation éphémère, qui sera chassée par l'indignation du lendemain : donnez-nous aujourd'hui notre indignation quotidienne. L'indignation, au total, tout aussi stérilisante que la résignation.

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