Darmanin l'encombrant
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Darmanin l'encombrant

A chaque jour son feuilleton. Toute la journée de mercredi, la deuxième plainte contre Gérard Darmanin n'existe pas sur BFM. Une enquête préliminaire vient d'être ouverte sur le ministre des comptes publics, accusé par une habitante de Tourcoing de lui avoir fait des avances, en échange d'une promesse de relogement. Après une plainte pour viol, dans une affaire ayant démarré de manière similaire, ça fait tache. Mais pas un mot : on vient de retrouver le corps d'une fillette assassinée. L'assassin a avoué. Toute la journée, les avocats disputent un concours continu d'éloquence. Pour le reste, on verra demain.

Aux premières heures du jeudi, il est donc temps de se rattraper. Sur BFM toujours, Christophe Barbier juge la deuxième plainte Darmanin "embarrassante, au sens d'encombrante. Parce que ça peut faire beaucoup. Parce qu'il faut se défendre, voir ses avocats. Donc il peut se démettre. Peut-être que Darmanin sera contraint à ça. Mais peut-être pas. Pour l'instant, deux dossiers, c'est parfaitement compatible avec un emploi du temps de ministre, d'autant qu'on n'est pas en période budgétaire. Il n'a aucune raison de démissionner".

Donc, deux allégations d'abus de pouvoir, ce n'est pas grave. C'est simplement "encombrant" -même si la veille, elle n'a pas beaucoup encombré l'antenne. Barbier évidemment, ne se prononce pas sur l'affaire, mais à force, ça prend de la place, ces drôles de machins-là. On accumule, on accumule, et on ne peut plus bouger dans le salon. Mais allons donc voir le propriétaire, à Matignon. Se sent-il "encombré" ? Difficile de savoir. Matignon "invite à respecter les droits de chacun, la parole du plaignant comme la présomption d'innocence" -accessoirement, le plaignant est une plaignante, mais c'est un détail.

Pour le spécialiste déco de France 2, Guillaume Daret, dépêché en direct devant Matignon, c'est clair : Philippe n'est pas encombré par Darmanin. "Ils se sont parlés, c'est ce que m'a confié un conseiller de Matignon. Et le message était très clair : on est avec lui, on veut qu'il reste avec nous. Il ne doit pas se sentir perturbé". Résumons : Daret ne semble pas encombré du fait que Philippe ne se sente pas encombré. On intervertit le canapé et la commode, et on case le machin dans un coin, où il prendra la poussière gentiment.

Mais tout le monde n'est pas d'accord. Pour la journaliste politique de France Culture ce jeudi matin, (comme pour sa consoeur de franceinfo) c'est beaucoup moins clair. "Glissement sémantique, analyse-t-elle, le mot confiance n'y figure plus" (après la première plainte contre Darmanin, Matignon avait affirmé sa "confiance" au ministre). Tiens, c'est vrai. Le mot "confiance" brille par son absence. Re-tiens, on ne l'avait même pas remarqué, habitués que nous finissons par être, nous aussi, à les voir si bien habitués à l'encombrement. 

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