Coucou, voilà Spoutnik !
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Coucou, voilà Spoutnik !

Les plus attentifs d'entre vous l'auront peut-être entendu, le vaccin russe Spoutnik V contre le Covid-19 a été jugé efficace à 91% par la revue The Lancet. Les plus attentifs encore auront entendu que la chancelière Merkel souhaite ardemment des accords de production du Spoutnik V avec la Russie, et a entrepris de convaincre ses partenaires européens d'en accélérer l'autorisation. Prenez-en votre parti : si les Pfizer et autres AstraZeneca ne parviennent pas jusqu'à vous, vous serez peut-être vaccinés Spoutnik dans les mois qui viennent.

Pour suivre le développement du Spoutnik V dans les médias français depuis le printemps dernier, il fallait être particulièrement attentifs. Et pratiquer la "lecture à l'envers", comme nos grand-parents, en 1943, suivaient l'évolution du front de l'Est dans la presse de l'époque. Je retombe ce matin sur cet article du Monde du 21 janvier, dernier en date sur le sujet (les résultats de The Lancet n'ont, à l'heure où j'écris, pas été mentionnés dans ce journal). Il a été retitré sur le "lent décollage du vaccin russe", après un titre initial (voir l'URL) sur le "destin contrarié" de ce même vaccin russe.

"Spoutnik V, commence Isabelle Mandraud, n’a jusqu’ici été adopté que par une poignée de pays émergents, attirés par son coût." Il n'est pas cher ? C'est donc qu'il est cheap, un vaccin d'entrée de gamme. Les seuls pays qui l'ont adopté sont "mus par des liens de proximité avec le Kremlin" : ils ont donc fait, c'est évident, un choix politique, au détriment de la santé des citoyens.  Si l'Algérie, par exemple, a opté pour la solution russe, "il aura fallu une consigne claire du président algérien" (de quoi se mêle-t-il, celui-là ?) D'ailleurs "Vladimir Poutine, 68 ans, n'a reçu aucune injection, du moins officiellement". Phrase magique : si Poutine s'était fait vacciner devant les caméras, ce serait une image de propagande. S'il ne se fait pas vacciner, c'est évidemment qu'il a peur. A moins, troisième solution -"du moins officiellement"- qu'il ne se soit fait vacciner en secret, pour des raisons mystérieuses, mais forcément machiavéliques. Et la journaliste du Monde de conclure : la Russie, estime que son vaccin fait l’objet d’une "campagne de désinformation." Où vont-ils chercher tout ça, les Russes ?

Si la presse française (et, certainement, occidentale en général) s'est montrée si discrète sur le Spoutnik, il y a sans doute des raisons mécaniques. Les spécialistes médicaux des rédactions ont eu assez à faire avec les success stories scientifiques et les  sordides coulisses économiques des vaccins occidentaux.  Si elle s'est montrée si méfiante par défaut, il y a aussi d'autres excellentes raisons : la Russie a fait preuve d'autant de précipitation, et d'aussi peu de transparence, que ses concurrents occidentaux. Mais au-delà de toutes ces raisons, reste une irréductible méfiance à l'égard de tout ce qui vient de Russie. Comme s'il était impossible de concevoir qu'un régime qui persécute odieusement un de ses opposants (voir notre dernière émission sur Navalny) puisse être, aussi, celui d'une grande nation scientifique.


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