Borloo, l'opération calibre
Le matinaute
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chronique

Borloo, l'opération calibre


Dans la série "comment perdre en beauté ?" il les accumule manifestement. Dans l'opération "Borloo à la tête de Veolia", c'est d'abord l'affaire en elle-même, qui est intéressante. A quelques semaines de la fin de son mandat, le candidat du peuple, anti élites, anti-corps intermédiaires, enfin-délivré-des-pesanteurs-du-protocole, etc etc, ce candidat-là a donc déployé une bonne partie de son énergie de candidat à aider son copain Proglio, président d'EDF, à caser Borloo à la tête de Veolia, comme révélé par Libération. Une partie des négociations, selon Eric Decouty de Libé, se serait déroulée dans l'avion qui ramenait les deux compères de leur visite à l'usine Photowatt, rachetée par EDF à la demande pressante de Sarkozy. Une opération typique du "capitalisme à la française", estimait France Inter ce matin, dans une de ces inimitables litotes, par lesquelles les journalistes locaux désignent les combines de l'oligarchie française, pour truster envers et contre tout des postes auxquels seule les qualifie leur incompétence.



Incompétent ? Pardon pour l'offense envers Borloo, qui déclare sans rire à Libération: "je suis chassé par deux grands groupes internationaux, qui ne sont pas Veolia". Mais tout de même, serait-il intéressé par le job ? "un certain nombre d'actionnaires pensent que le groupe a besoin d'un calibre à sa tête" Un calibre ? On comprend que le groupe, dans ces conditions, se soit tourné comme un seul homme vers l'ancien avocat, ancien maire de Valenciennes, ancien ministre sans bilan, gestionnaire hors pair du Parti radical et de l'USVA (Union Sportive Valenciennes Anzin), et qui n'a jamais dirigé d'entreprise. Le suspense est insoutenable.

Mais ce qui est intéressant aussi, c'est que la combine fuite dans la presse de ce matin. Sans être un stratège hors pair, on peut estimer que cette fuite réduit singulièrement les chances de succès de l'opération "calibre". Qui a donc bien pu vouloir la faire capoter ? Sans bénéficier de secret particulier (que de précautions matinales, décidément), on peut supposer que la fuite provient possiblement d'un des administrateurs de Veolia, démarchés par Proglio pour voter en faveur du calibre (la liste des suspects potentiels est ici), et dont au moins un aurait émis "de froides réserves". Ces gens ne sont pas fous: faisant capoter une opération téléguidée par de si considérables super-calibres, ils savent qu'ils s'exposent à des représailles. Mais apparemment, ils ne semblent ne rien craindre. Et peut-être même espèrent-ils, en cas de victoire de Hollande, tirer profit du petit fait d'armes. Ce type de défections au sommet porte un nom: la dynamique de la déroute.

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