Ayrault, les plaisirs minuscules d'un discours
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Ayrault, les plaisirs minuscules d'un discours

Ce sera donc le quinquennat de la première gorgée de bière.
Vous souvenez-vous de ce best-seller paru il y a une quinzaine d'années, signé Philippe Delerm, et qui recensait les petits plaisirs minuscules de la vie quotidienne, ces plaisirs consolateurs de la monotonie des jours, et qui ne coûtent pas grand chose ? La première gorgée de bière, justement, ou encore la première fois dans l'année où l'on pourrait manger dehors. Le discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault a dressé une liste de ces petits plaisirs, que l'on peut attendre du quinquennat. La pluie de taxes sur les riches (hausse de l'ISF, taxe sur les grosses successions et sur les dividendes, fin du bouclier fiscal) est évidemment au premier rang. La pénalisation accrue pour les communes qui ne respectent pas la loi SRU, le vote des étrangers aux élections locales, l'enterrement du racisme obsessionnel d'Etat, parmi quelques autres, ne sont pas des satisfactions à négliger. Ce sera un quinquennat "première gorgée de bière", un quinquennat mieux que rien.

Quelques nuances, évidemment. A lire en détail le discours de Ayrault, l'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail reste un objectif proclamé. La séparation des activités des banques, entre dépôts et investissement, n'est pas encore officiellement enterrée. Les créations de postes dans l'Education, la police et la Justice, ne feront pas de mal à ces institutions. Dans un autre domaine symbolique, les différentes Valls hésitations n'ont pas encore totalement enterré l'idée -excellente- de remise d'un récépissé aux contrôlés, par la police. Mais les terrains sont peu nombreux.

Les petits plaisirs ont évidemment pour fonction de consoler du renoncement aux grandes ambitions. Exit la grande réforme fiscale, projetée par exemple par Thomas Piketty, et qui aurait pu remettre à plat tout le système, structurellement injuste, de la fiscalité sur les revenus. Exit l'idée même de protectionnisme, jadis agitée par Montebourg, Todd, et autres doux rêveurs. Exit le rêve d'imposer à l'Allemagne les grandes visions françaises (puisque le pacte imposant à la France la règle d'or va être ratifié, en échange de contreparties non encore précisées). C'est au microscope, qu'il va falloir travailler, pendant les temps qui viennent. Ce qui n'est d'ailleurs pas une raison pour remiser longues-vues et télescopes.

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