ADP : et maintenant, on veut des spots, et des débats !
chronique

ADP : et maintenant, on veut des spots, et des débats !

Soit un pays. Pour la première fois de son histoire, le peuple va peut-être y prendre la parole dans un référendum. Non pas un référendum octroyé par le pouvoir, sur le thème de son choix. Mais un référendum arraché par tous les partis d'opposition, sur une question, la privatisation des aéroports, au carrefour de toutes les questions essentielles du moment : la planète, les biens communs, la souveraineté, et la démocratie.

C'est une première. C'est un événement historique. On pourrait imaginer que le gouvernement accompagne cette initiative. On pourrait imaginer qu'il mobilise ses services, qu'il édite des plaquettes, pour informer au mieux les citoyens. 

Il se trouve que ce pays est aussi doté d'un audiovisuel public, et légitimement fort chatouilleux sur son indépendance. Ses journalistes, quand on parle de télévision d'Etat, se sentent offusqués. On pourrait imaginer que cet audiovisuel soit d'ores et déjà mobilisé, pour expliquer les enjeux de la privatisation des aéroports, de la privatisation en général. On pourrait imaginer tant de choses. D'autant que si le compteur des signatures, à l'heure où j'écris, approche selon Libé des 400 000 signatures (sur 4,7 millions requises), la partie est loin d'être gagnée. La procédure est neuve, mal connue, austère, dissuasive. Tout sauf une fête démocratique.

Au lieu de quoi, hélas ! Avons-nous entendu les pédégées de France Télévisions et de Radio France, Mmes Ernotte et Veil, les avons-nous entendues détailler l'accompagnement de la campagne pour la collecte de soutiens au RIP ? Pire encore : quelqu'un s'est-il étonné de leur silence ?

En fait oui, quelqu'un s'est étonné. Il s'agit du député insoumis Alexis Corbière, qui a explicitement souhaité «que le service public soit un appui à l’exercice des droits démocratiques et de la citoyenneté". Ledit service public, a insisté Corbière, "s’est montré très concerné par le grand débat national voulu par le président, seul. Il n’y a donc aucune raison qu’il ne le soit pas"  par la demande de référendum. Alors, vite, d'urgence, que l'on prévoie pour la rentrée des débats, des spots, des éditions spéciales sur toutes ces questions essentielles. Sans doute les responsables répondront-ils que la loi ne le prévoit pas. C'est vrai. Elle ne prévoit d'ailleurs pas grand chose : pardi, cette loi était conçue pour ne jamais servir.

Allez, Delphine Ernotte, Sybille Veil, de l'audace ! Le pouvoir n'y trouvera d'ailleurs rien à redire, puisque, si j'en crois Le Canard de cette semaine, Emmanuel Macron, qui aurait déjà fait son deuil de la privatisation d'ADP, inciterait -"en privé", car il ne faut tout de même pas exagérer !- à respecter les signataires de la demande de référendum. Ne décevez pas le président lui-même !

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