Accélérateur de superlatifs
Le matinaute
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chronique

Accélérateur de superlatifs

Le plus gros, le plus rapide, le plus cher

: faute d'expliquer exactement en quoi consistera le travail du LHC, le nouveau collisionneur de particules du CERN, les radios du matin se rabattent sur les superlatifs. Tiens, encore celui-ci : il sera...le plus vide, "plus vide que celui règne entre les planètes du système solaire", dit Libération. Au moins, les superlatifs, on les comprend. On peut aussi essayer les chiffres. "Cent fois plus près du big bang, dix fois plus chaud", avance un scientifique. Seule explication que l'on retienne, l'accélérateur, qui nous emmène "aux frontières fascinantes de l'infiniment petit et de l'histoire de l'univers" (Libé, encore), "recréera les conditions qui régnaient une fraction de seconde après le big bang".


On peut aussi tenter une escalade de l'objet par ses faces politiques ou idéologiques, plus familières aux non-scientifiques. Politiquement, le collisionneur démontre les bienfaits de l'Union européenne, capable de damer le pion aux Etats-Unis, quand les Européens décident vraiment de s'unir et de mettre le paquet. Idéologiquement, il permet à la science de venir se mesurer à la théologie. Dans la course de vitesse entre la démonstration de l'existence de Dieu, et celle du boson de Higgs, avantage au second.

Dans ce concert d'éloges, manque une question: "à quoi servira-t-il ?" Question béotienne, presque grossière, et que l'on sent parfois retenue par certains, à qui elle semble pourtant brûler les lèvres. Mais pourquoi craindre de la poser, cette question ? De peur de ne pas savoir quoi répondre ? Pourtant, elle est légitime. A quoi serviront tous ces milliards investis, alors que les caisses sont vides ? A cette question éternelle sur l'utilité de la recherche fondamentale, sans application économique immédiate, il ne faut pas craindre de ne pas avoir de réponse. Ou plutôt, celle-ci : "nul ne sait encore aujourd'hui à quoi servira le LHC. Mais on est au moins sûrs qu'un jour ou l'autre, nous y trouverons une utilisation." Bonne ou mauvaise, d'ailleurs.

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