L'art du bad buzz
Le matinaute
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chronique

L'art du bad buzz

Incroyable découverte: si L'Express fait des couvertures racistes
, islamophobes ou sexistes, c'est, tenez-vous bien, pour vendre du papier. Heureusement, on se rachète à l'intérieur. "La couverture parle aux tripes, l'intérieur parle à l'intellect": le discours de Christophe Barbier à sa rédaction "interrogative", tel qu'il est rapporté par Télérama, nous rajeunit de quelques années, et nous replonge au coeur de la décomplexion triomphante. 

Mais le plus intéressant, dans la justification de Barbier, est une autre phrase: en substance, dit-il, peu importe le bad buzz. Le bad buzz est toujours du buzz. Qu'on parle de moi en bien ou en mal, pourvu qu'on en parle. Autrement dit, l'effroi général, chaque milieu de semaine, en découvrant que L'Express et Le Point ont encore réussi à se surpasser dans l'abjection, est toujours autant de pris pour ces deux honorables hebdomadaires.

A propos, et Le Point ? demanderez-vous. Que fait Le Point ? Pourquoi ce silence sur Le Point ? Pas de jaloux, faisons aussi le bad buzz du Point: Giesbert fait sa couverture sur le dernier Péan et Cohen, un livre baroque qui explique semble-t-il que Le Pen n'a jamais été antisémite, ni raciste, ni anti-immigrés, ni d'extrême-droite, ni d'ailleurs lepéniste. Tout ceci est un immense malentendu.

Barbier et Giesbert ont sans doute raison à court terme. Ils ont tort à long terme et tous deux, semaines après semaine, sont en train de tuer leurs marques. Un jour, ce système s'effondrera sur lui-même. Et tout le monde évoquera la vieille presse d'aujourd'hui avec des moues dégoûtées, comme on parlait à la Libération de la presse d'avant-guerre, sensationnaliste, vénale et bidonneuse. C'est la même. Mais ce jour est peut-être encore lointain, et la vie est courte.


Heureusement, la presse anglo-saxonne est là pour nous rappeler les canons du célèbre "professionnalisme à l'anglo-saxonne". Ainsi, le même jour que L'Express mettait sa burqa à la Une, The Economist désignait la France comme "la bombe à retardement de l'Europe". Et il se trouve des journalistes, en France, pour interpeller les ministres sur cette couverture, comme s'il fallait la prendre au sérieux, comme si elle avait une véritable valeur informative, comme si elle disait autre chose que la volonté de vendre du papier. "The Economist, c'est le Charlie hebdo de la city", répondait Montebourg à Elkabbach. Bien vu. On pourrait dire les choses autrement: il y a des Barbier partout, et on est toujours la porteuse de burqa de quelqu'un.

 

  

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