Filippis, Niel, Libé, Free, et nous
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Filippis, Niel, Libé, Free, et nous



Les journalistes ne sont pas au-dessus de la loi. Mais les juges ne sont pas au-dessus du bon sens. L'interpellation musclée de Vittorio de Filippis, ancien directeur de la publication de Libé, n'est sans doute pas une affaire d'Etat. Mais c'est pour le moins une grosse bavure policière (et? ou?) judiciaire, sur laquelle il est nécessaire que la lumière soit faite.

Filippis a été interpellé chez lui, le 27 novembre à 6 heures 40, par des policiers, pour être conduit devant une juge d'instruction parisienne, dans le cadre de poursuites pour diffamation. Il a été "fouillé à corps" à deux reprises (la fouille à corps , dans le jargon policier, implique notamment une inspection de l'anus, pour vérifier que rien n'y est dissimulé), et menotté. Fouille à corps et menottes sont évidemment humiliantes, s'agissant de n'importe quel citoyen. Mais elles sont prévues par la procédure pénale, et effectuées dans le souci de la sécurité de l'escorte, (et...du prévenu). (Mise à jour, dimanche, 15 heures 30: comme me le signale l'un d'entre vous, Eolas est d'un avis inverse sur ce point. Selon la jurisprudence en vigueur, la fouille à corps était tout à fait irrégulière, dans le cas de Filippis. Je fais, sur ce point, toute confiance à Eolas)

La juge Muriel Josié a expliqué à Filippis (selon le récit de Filippis) qu'elle l'avait fait interpeller par la police, parce qu'il n'avait pas répondu à de précédentes convocations, et qu'elle l'avait donc considéré injoignable. Dans Libé, l'actuel directeur Laurent Joffrin, et l'avocat du journal, Jean-Paul Lévy, répliquent que les coordonnées du journal, et celles de ses avocats, figurent au dossier, et qu'il était parfaitement loisible à la juge de les contacter. Dans un article relatant l'affaire, Libé rappelle que Filippis s'est rendu à une convocation policière en mars 2008, mais ne fait pas allusion à d'éventuelles autres convocations par la Justice.

Sans doute la même mésaventure doit-elle arriver fréquemment à bien des justiciables, négligents ou non, mais s'agissant d'un ancien directeur de Libé, l'affaire prend de l'ampleur. Les confrères protestent. Martine Aubry réclame une enquête. Par la voix du bon Frédéric Lefebvre, gardien sourcilleux de la liberté de la presse, l'UMP, jubilant sans doute, réclame aussi une enquête. Eh oui ! Tout est bon, pour charger la barque des juges. Quant au ministère de l'Intérieur, admirez-le se défausser délicieusement sur la juge.

Peu importe. Formulées pour de bonnes ou de mauvaises raisons, toutes ces demandes convergentes d'enquête sont fondées, et @si, encore une fois, s'y associe. J'entends déjà d'avance certains d'entre vous: si Filippis n'était pas journaliste, s'il ne s'agissait pas de Libé, ferait-on autant de bruit ? Vous avez raison. Mais ce n'est pas un argument. Toute apparente bavure policière, qu'elle vise ou non un journaliste, devrait donner lieu à une enquête de l'IGPN. Les journalistes n'ont pas davantage de droits que les autres, mais pas moins non plus.

Dernier élément, qui concerne par raccroc notre site. Dans cette affaire de diffamation, le plaignant n'est autre que...Xavier Niel, patron de Free, qui poursuit le journal pour un commentaire d'internaute, déposé sur Libération.fr. Niel a connu, voici quelques années, des démêlés judiciaires inhabituels pour un grand manitou de l'Internet, liés à...un investissement malencontreux dans des peep-shows. Je n'en connais pas les détails, mais seulement l'épilogue judiciaire: il a bénéficié d'un non-lieu dans les poursuites intentées contre lui pour proxénétisme, et il a été condamné à deux ans de prison avec sursis, pour recel d'abus de biens sociaux. Il a effectué un mois de détention préventive.

Détail piquant: non seulement (comme vous le savez bien entendu) je suis chroniqueur à Libé, mais tout ceci intervient à la veille du lancement d'arretsurimages.tv...sur Free, que je vous annonçais voici quelques jours. On aurait pu rêver d'un lancement dans des conditions plus simples, mais on fera avec.

Conclusion ? Aucune, à ce stade. Simplement, il me semble important de vous rappeler que Free sera notre diffuseur, mais n'aura évidemment aucune responsabilité rédactionnelle dans le contenu de la future chaîne (pas davantage que Libé, d'ailleurs). Nous traiterons ici des suites de l'affaire Filippis dans le seul souci de vous informer avec la plus grande impartialité possible, comme si je n'étais pas chroniqueur à Libé, et comme si notre émission n'était pas diffusée sur Free, à partir du 1er décembre (demain). Cela allait peut-être sans dire, mais cela va mieux en le disant.

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