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Harcèlement sexuel / Fox News / O'Reilly : 32 millions de dollars contre le silence d'une plaignante

Par le - 15h54 - suivi

Nouvelles accusations contre Bill O'Reilly. En plein scandale autour d'Harvey Weinstein, accusé de harcèlement, agression sexuelle et viol, le New York Times a révélé que l'ancien présentateur vedette de la chaîne ultra-conservatrice Fox News, viré en avril dernier de la chaîne, a signé un accord à l'amiable à 32 millions de dollars en janvier dernier après des accusations de harcèlement sexuel et d'agression sexuelle. Un accord qui s'ajoute aux cinq autres révélés par le New York Times en avril dernier, et qui n'avait pas empêché Fox News de renouveler, à l'époque, son contrat.

32 millions de dollars. C'est la somme sans précédent qu'aurait déboursé, selon le New York Times, l'ancien présentateur phare de Fox News Bill O'Reilly en janvier dernier pour conclure un accord à l'amiable avec une femme l'accusant de harcèlement sexuel. Lis Wiehl, avocate, travaillait pour Fox News depuis 2001 en tant que consultante légale, a indiqué le New York Times. Elle a fait de multiples apparitions dans l'émission que présentait alors O'Reilly. D'après le quotidien, les accusations de Wiehl envers O'Reilly "inclu[aient] des accusations de harcèlement répété, une relation sexuelle non consentie et l'envoi de pornographie gay et d'autre matériel sexuellement explicite". Le New York Times évoque également des "remarques suggestives" d'O'Reilly envers Wiehl à l'antenne. "Lors d'une de ses émissions radio en 2015 à propos d'un strip club, il a suggéré qu'elle apprenne à danser pour 10 000 dollars".

O'Reilly NYT

"O'Reilly a réglé des nouvelles accusations de harcèlement, puis Fox a renouvelé son contrat", New York Times, 21 octobre 2017

L'accord que révèle ce samedi 21 octobre le New York Times, a donc été conclu entre les deux parties début janvier 2017 lorsque O'Reilly était encore employé de Fox News. Il convenait selon le quotidien que Wiehl ne porterait pas plainte contre O'Reilly, comme elle menaçait de le faire. Mais aussi que "toutes les photos, tous les sms et autres communications entre les deux seraient détruits". Une déclaration sous serment, signée le 17 janvier par Wiehl, soit après la signature de l'accord à l'amiable évoqué par le quotidien, annonçait que l'avocate n'avait "aucune requête contre Bill O'Reilly concernant les mails [envoyés par O'Reilly, ndlr] et les accusations présentes dans le document de plainte [transmis par Wiehl à O'Reilly début janvier 2017, ndlr]", rapporte le quotidien.

Cet accord à l'amiable est, par la somme déboursée, sans commune mesure avec les précédents accords révélés. Pour rappel, le quotidien américain avait révélé en avril dernier l'existence de cinq accords à l'amiable signés entre O'Reilly et d'anciennes collègues ou invitées récurrentes d'émissions du journaliste, qui l'accusaient d'avances sexuelles poussées. Le tout pour un total de 13 millions de dollars, le règlement le plus cher s'élevant à 9 millions de dollars. Les sommes avaient été déboursées soit par O'Reilly, soit par la compagnie-mère de la chaîne, 21st Century Fox. Ces révélations avaient été suivies d'un boycott de plus de la moitié des annonceurs de l'émission d'O'Reilly, The O'Reilly Factor. Elles avaient poussé la chaîne américaine à le renvoyer quelques jours plus tard, malgré le renouvellement en février 2017 du contrat d'O'Reilly jusqu'en 2020.

21st Century Fox, dans le viseur de la justice

Or le New York Times révèle ce samedi que "la compagnie-mère de la chaîne, 21st Century Fox, reconnaît avoir été au courant des déclarations de [Wiehl] à propos de M. O'Reilly". Une connaissance qui n'a cependant pas empêché la chaîne, non seulement de renouveler le contrat du présentateur, mais aussi d'augmenter ce contrat, qui était passé de 18 à 25 millions de dollars par an. Contrat qui sera donc rompu quelques mois plus tard.

Cette rupture de contrat, rappelle le quotidien, a eu lieu dans un contexte bien particulier. Moins d'un an plus tôt, le fondateur de la chaîne Roger Ailes avait été poussé à la démission après des accusations de harcèlement sexuel. Une enquête fédérale a été lancée pour savoir si Fox News et sa compagnie-mère, 21st Century Fox, ont tenté de dissimuler des accords à l'amiable signés entre Ailes et ses accusatrices. D'après le New York Times, après ses révélations début avril 2017 sur les accords à l'amiable passés entre O'Reilly et ses accusatrices, un haut cadre de la compagnie, Gerson Zweifach, aurait envoyé un mail le 13 avril à ses patrons, les Murdoch. Il prévenait que "les procureurs fédéraux [avaient] envoyé une nouvelle demande" demandant de fournir des documents concernant les accords à l'amiable signés par O'Reilly. Zweifach aurait prévenu qu'un telle demande conduirait "à rendre publics les détails de l'accord passé en janvier", raconte le quotidien. Qui ajoute : "Six jours plus tard, M. O'Reilly était renvoyé".

Contactée par le New York Times, 21st Century Fox assure ne pas avoir été au courant du montant déboursé par O'Reilly pour l'accord signé avec Wiehl. "[La chaîne] a insisté sur le fait que des dispositions avaient été ajoutées au nouveau contrat qui permettait son renvoi si de nouvelles accusations ou d'autres informations pertinentes émergeaient", ajoute le quotidien. O'Reilly, lui, dément auprès du quotidien avoir jamais "maltraité qui que ce soit". Il affirme que les documents "sexuellement explicites" reçus par Wiehl lui avaient en fait envoyés à lui et qu'il les transmettait à des avocats, dont Wiehl, pour savoir s'il fallait considérer des actions en justice. Refusant de commenter directement l'accord signé avec Wiehl, il assure, sans fournir de preuves, que l'affaire est "politiquement et financièrement motivée".

Dans un communiqué publié sur le site de O'Reilly, son conseil Mark Fabiani renvoie à la déclaration sous serment de Wiehl déjà citée par le New York Times. Il réaffirme que les accusations du quotidien américain à l'encontre de l'ancien présentateur sont "diffamatoires". "Pendant les 20 ans où Bill O'Reilly a travaillé à Fox News, aucune plainte n'a été déposée contre lui auprès du département des ressources humaines ou du département légal par un collaborateur", écrit Fabiani. Une ligne de défense qui ne répond guère aux accusations du New York Times – et qui est surtout exactement la même que celle qu'O'Reilly avait fournie en avril dernier lors des précédentes révélations du quotidien.

Bien que renvoyé de la chaîne, on a vu réapparaître O'Reilly sur les plateaux de son ancien employeur fin septembre. Le présentateur est venu y faire la promotion de son livre auprès de son ancien collègue Sean Hannity. Une interview dont la chaîne avait largement fait la promotion, comme l'avait remarqué le site Media Matters à l'époque.


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