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Mort de Liu Xiaobo : le champ, et le contrechamp

Par le - 17h27 - à l'étranger

"Inhumain, une insulte, une honte, dégoûtant" : tels sont les mots, sur Twitter, de l’artiste chinois Ai Weiwei pour décrire les conditions d’incinération du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, mort le 13 juillet des suites d’un cancer du foie, et incinéré deux jours plus tard de façon très précipitée. L’écrivain dissident fut emprisonné en 2008 puis formellement condamné en 2009 à une peine de prison de onze ans pour subversion. Il s’était en effet opposé au parti communiste chinois, critiquant dans un manifeste – dit "charte 8" – le régime autoritaire. En 2010, Liu Xiaobo avait reçu le prix Nobel de la Paix.

Une incinération "kafkaïenne" selon Le Monde qui retrace, tout comme The Guardian, les heures ayant suivi la mort de Liu Xiaobo, dont les cendres ont été dispersées en pleine mer. A en croire le quotidien français, le frère du défunt Liu Xiaoguang a prononcé, lors d’une "étrange" conférence de presse, un discours d’une vingtaine de minutes tout à la gloire du parti communiste chinois. Il a également justifié le choix de ne pas enterrer le corps de son frère qui aurait, selon ses termes cités par Le Monde, "[occupé] du terrain". "On ne peut pas dire que ce soit mauvais, mais ça ne se conforme pas bien aux concepts environnementaux du XXIe siècle" a-t-il déclaré.

Des déclarations aussitôt dénoncées par les amis du militant, dont Ai Weiwei cité plus haut, qui, d’après The Guardian, soupçonne les autorités chinoises d’éviter la création d’un lieu commémoratif physique pour rendre hommage à l’écrivain. Toujours selon le quotidien britannique, "des amis et des militants ont déclaré qu'ils pensaient que Liu Xiaoguang avait été forcé à s'adresser aux médias contre sa volonté".

Si les médias n'ont pas été autorisés à couvrir la dispersion des cendres en mer et, un peu plus tôt, la cérémonie d’incinération, le gouvernement chinois a néanmoins diffusé des vidéos ainsi que des photos officielles. L’une d’elles, publiée par Le Monde, montre Liu Xia, l’épouse de Liu Xiaobo, devant un cercueil entouré de chrysanthèmes blancs, contenant le corps du militant.


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Or, poursuit le quotidien, une autre photo, prise en contre-champ, "montre un groupe de personnes dont les militants des droits pensent qu’ils n’appartiennent pas à l’entourage du couple et sont plutôt des agents de la sécurité d’Etat". Cette photo, que Le Monde ne publie pas, a été relayée par l’auteur et activiste Mo Zhixu sur son compte Twitter. La voici :


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Mo Zhixu est formel : les hommes présents ne sont pas des amis du militant ou de son épouse. Ce dernier, ainsi que de nombreux militants, sont inquiets du sort de Liu Xia, dont ils sont sans nouvelles depuis trois jours. La poètesse est placée en résidence surveillée depuis 2010 dans son appartement de Pékin, rappelle le site de TV5 Monde qui précise que "vendredi, le comité Nobel norvégien s'est dit «profondément inquiet» pour Liu Xia, appelant Pékin à la laisser quitter le pays. Une demande appuyée par l'Union européenne et Washington". De son côté, le responsable de la municipalité de Shenyang, où était hospitalisé Liu Xiaobo, a assuré que, d'après ce qu'il sait, "Madame Liu Xia est libre".

Le militant, et son épouse, ont pourtant parfois manqué de soutiens. Dans un article publié hier sur le site de L’Obs, le journaliste Pierre Haski, spécialiste de la Chine, revient sur la façon dont François Hollande, en visite officielle un an après son élection, avait renoncé à prononcer devant ses interlocuteurs chinois le nom du Nobel de la Paix emprisonné. De manière plus globale, écrit Haski, aucun dirigeant occidental, ni même l’ancien président des Etats-Unis Barack Obama, ne s’est "mouillé" pour soutenir le militant… hormis l’Allemagne qui, à l’annonce de sa maladie, est "montée au créneau pour demander, en vain, que le dissident puisse se faire soigner à l’étranger". Le jour de la mort de Liu Xiaobo, Emmanuel Macron a rendu hommage sur twitter au dissident qu'il qualifie de "grand combattant de la liberté". Interrogés sur la Chine le 13 juillet, lors d'une conférence de presse conjointe à Paris, ni Macron, ni le président américain Donald Trump n'ont eu un mot pour le dissident, dont on venait pourtant d'apprendre le décès.


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