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Traoré : Le Parisien avait lu trop vite (Libération)

Par le - 15h48 - suivi

Une asphyxie... et quelques nuances. Nous vous le racontions hier, Le Parisien a relayé le 4 juillet les conclusions d'une contre-expertise commandée par la famille d'Adama Traoré sur la mort du jeune homme, le 19 juillet dernier, après son interpellation par des gendarmes. Ces conclusions, citées par le journaliste du Parisien Jean-Michel Décugis, assurent : "L’ensemble de ces constations permet de conclure que la mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un effort et de stress". Autrement dit, sa mort serait une conséquence directe de la brutalité de son interpellation.

Adama Libération

Libération, 5 juillet 2017

Mais mercredi 5 juillet au soir, Libération (qui avait repris plus tôt dans la journée la dépêche AFP mentionnant les révélations du Parisien), pointe des "raccourcis" dans l'article du Parisien. Et explique que la phrase citée par Décugis n'est pas retranscrite dans son intégralité. D'après le journaliste Ismaël Halissat, qui a pu lui aussi consulter le rapport, la conclusion est la suivante : "La mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un épisode d’effort et de stress –d’un état antérieur plurifactoriel associant notamment une cardiomégalie[augmentation de la taille du cœur, ndlr]et une granulomatose systémique de type sarcoïdose[maladie inflammatoire la plupart du temps bénigne]".

La différence est de taille, alors que les causes de la mort d'Adama Traoré font l'objet d'une communication chaotique depuis le début, comme nous vous le racontions à l'époque. Pour rappel, l'ancien procureur de Pontoise Yves Jannier, chargé initialement de l'enquête, a notamment soutenu qu'il souffrait d'une "infection très grave" ayant causé sa mort. Mais ces déclarations étaient contredites par les deux autopsies, à quelques jours d'intervalle en juillet dernier, qui pointaient une mort causée par un "syndrome asphyxique", et ne faisaient pas mention d'une "infection grave".

Une possible pathologie cardiaque

Si la contre-expertise vient à nouveau pointer les omissions et déformations du procureur en charge de l'enquête à l'époque, la partie de la phrase tronquée par le Parisien soulève un point important. Car depuis le début se pose la question de savoir si Traoré souffrait d'une pathologie cardiaque ayant pu causer sa mort ou non, a priori évoquée dans plusieurs rapports intermédiaires. La contre-expertise évoquée par le Parisien mentionne donc elle aussi cette possible anomalie cardiaque. Sans pour autant pouvoir déterminer, semble-t-il, l'incidence qu'elle a eue sur la mort du jeune homme.

Contacté par @si, Jean-Michel Décugis admet "une erreur involontaire" de sa part : "Je n'avais pas l'entièreté du document, simplement la dernière page, les conclusions. J'ai fait une mauvaise interprétation de ces conclusions." "Ce que j'aurais dû dire c'est que ça n'écartait pas le fait qu'il pouvait avoir eu une anomalie cardiaque", poursuit-il au téléphone. L'article du Parisien a été (discrètement) mis à jour à minuit dans la nuit du 5 au 6 juillet : la phrase est désormais lisible dans son intégralité – sans plus de développement.

L'occasion de revoir notre émission avec la sœur d'Adama Traoré, Assa Traoré : "On a établi un rapport de force avec les médias"


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