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Perturbateurs endocriniens : la France fait volte-face et adopte une proposition de la Commission européenne

Par le - 19h45 - suivi

Petite victoire ou grosse défaite ? La Commission européenne a validé ce 4 juillet un projet de définition des perturbateurs endocriniens, ces substances chimiques présentes dans de très nombreux objets du quotidien et qui peuvent perturber gravement notre système hormonal, en provoquant notamment des cancers. La France, qui s'opposait jusque-là à la proposition sous sa forme actuelle au côté du Danemark et de la Suède, vient de faire une volte-face en s'alignant avec l'Allemagne, qui défendait ce projet de loi "peu contraignant pour l'industrie", expliquent dans Le Monde les journalistes Stéphane Horel et Stéphane Foucart. Et c'est ce revirement qui a permis l'adoption d'un projet pourtant controversé.

Le mois dernier, trois sociétés de scientifiques avaient fait parvenir une lettre aux 28 ministres de l'Union Européenne "leur enjoignant de rejeter la proposition de Bruxelles, au motif que celle-ci ne permet pas d’assurer «le haut niveau de protection de la santé et de l’environnement requis» par les traités européens et qu’ils «échoueront probablement à identifier les PE [perturbateurs endocriniens, ndlr] qui causent des dommages chez l’homme aujourd’hui»", explique le quotidien.

Le Monde évoque deux points particulièrement critiqués de ce projet, en attente de validation depuis plus d'un an. D'abord, aucune gradation dans la classification des perturbateurs endocriniens n'est envisagée, alors qu'elle aurait permis "une réponse réglementaire graduée", à la manière des substances cancérogènes. "En l'état, selon les scientifiques, le niveau de preuve requis pour identifier une substance comme perturbateur endocrinien est trop élevé pour garantir au texte son efficacité", rapporte Le Monde.

Mais le quotidien pointe également une phrase "ajoutée à la demande expresse de Berlin" qui permettrait de continuer à utiliser certains pesticides "conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés". Or, rappelle Le Monde : "Ils sont aussi susceptible d'atteindre ceux d'autres espèces animales, dont les humains". La réglementation validée par la Commission Européenne a d'ores et déjà été condamnée par plus de 70 ONG européennes, dont la Fondation Nicolas Hulot. Le ministre Hulot a lui salué une "avancée considérable", tout en critiquant l'amendement voulu par l'Allemagne : "On n'a pas gagné la guerre définitivement", a-t-il déclaré au micro de France Info.

Invitée sur notre plateau fin 2016, la journaliste Stéphane Horel, auteure de l'article du Monde et réalisatrice d'un documentaire sur les perturbateurs endocriniens, Endoc()rinement, déplorait de son côté les recommandations de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Cette dernière préconisait en effet dans un rapport rendu fin 2012, de traiter les perturbateurs endocriniens "comme tout autre produit chimique préoccupant pour la santé humaine et l'environnement".

Horel perturbateurs

Stéphane Horel sur notre plateau

Une absurdité, selon Horel. "Les perturbateurs endocriniens, justement, nous disent les scientifiques, ne sont pas des substances chimiques comme les autres", taclait-elle. "Principalement parce qu'elles peuvent agir à très faible dose et parce qu'elles peuvent agir sur le fœtus pendant la grossesse". Et d'ajouter : "Comme il y en a partout, la seule possibilité de les réglementer, c'est de faire une réglementation comme famille de produits chimiques". Certes, notait-elle, il existe déjà quelques réglementations, notamment concernant le Bisphénol A, interdit en France depuis 2015 et classé depuis quelques jours comme perturbateur endocrinien au niveau européen, mais "ça ne suffit pas ". La nouvelle réglementation proposée par la Commission risque de ne pas suffire non plus.

L'occasion de revoir notre émission : "Scandales sanitaires : «Pourquoi les journalistes continuent d'inviter des menteurs ?»"


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