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Wikileaks : Assange mécontent d'un documentaire

Par le - 15h35 - lu

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, s'oppose à la réalisatrice Laura Poitras, auteur du documentaire primé Citizenfour sur Edward Snowden, nous apprend Le Monde. L'objet de la discorde : Risk, un documentaire consacré à Assange, que la réalisatrice a décidé de remonter entièrement après la révélation d'accusations de viol à l'encontre d'un proche du site. Les avocats d'Assange crient à une tentative de déstabilisation.

Le film était prêt, il avait même été projeté. La réalisatrice américaine Laura Poitras, auteur du documentaire Citizenfour consacré à Edward Snowden et aux fuites sur la surveillance de masse de la NSA, travaille depuis 2011 à un documentaire consacré à Wikileaks et à son patron, Julian Assange. En 2016, le film est projeté à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes. Mais ne sort pas en salle. Et pour cause : Poitras a brusquement décidé de changer l'angle de son documentaire et de le remonter complètement. A cause de l'élection présidentielle américaine ? Non.

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Capture extraite de la bande-annonce du film

Le Monde raconte, dans un article publié ce matin, que sont les accusations de viol et de harcèlement portées contre l'un des proches d'Assange, Jacob Appelbaum, avec qui elle a eu une relation, qui ont poussé Poitras à réécrire son documentaire. Appelbaum a démissionné en juin 2016 du projet Tor, le réseau d'anonymisation des communications, après que plusieurs femmes, dont certaines ayant témoigné anonymement, l'ont accusé d'agressions et de harcèlement sexuels, de comportements déplacés et manipulatoires. Très célèbre au sein de la communauté des défenseurs des libertés en ligne, Appelbaum a collaboré avec Wikileaks et est même intervenu sur les documents de la NSA révélés par Snowden pour le Spiegel. Appelbaum a toujours nié avoir été coupable de tels comportements. Mais pour Poitras, l'annonce de son départ de Tor fait l'effet d'une déflagration.

Au Daily Beast, cité par Le Monde, elle déclare ainsi : "J'avais un film que je ne pouvais publier tel quel. Cela me laissait deux choix : abandonner le film, ou évoquer plus directement les questions de harcèlement dans cette communauté." Sur la bande annonce du film remonté, tournée à la manière d'un teaser de film d'espionnage, on entend Poitras énoncer : "Ce n'est pas le film que je pensais être en train de faire. Je pensais pouvoir ignorer les contradictions, qu'elles ne faisaient pas partie de l'histoire. J'avais tort. Elles sont l'histoire." Et de cette histoire, une scène émerge : une conversation dans laquelle Assange, forcé à demeurer confiné dans l'ambassade de l'Equateur, à Londres, pour échapper à une enquête pour viol en Suède - depuis abandonnée -, parle des deux femmes à l'origine de l'accusation. (Le film n'étant pour le moment accessible qu'aux Etats-Unis, nous n'avons pas pu la visionner.)

"Il s'agit de protéger des sources journalistiques"

Assez pour que les avocats de Wikileaks réagissent, en menaçant de porter l'affaire sur le plan judiciaire. Dans une lettre ouverte à Newsweek, ils accusent Poitras d'avoir intentionnellement trompé Assange et ses proches sur la nature du film qu'elle voulait tourner.

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La seconde version du film inclut en effet nombre de scènes qui ne se trouvaient pas dans la première version, visionnée à l'ambassade d'Equateur. "Le fait que le «vrai» film contenait ces éléments a été dissimulé, empêchant Assange d'exercer ses droits contractuels", assurent-ils. "Au lieu d'un documentaire sur les abus de pouvoir étatiques et le rôle central de Wikileaks dans son dévoilement, le film est maintenant centré sur des allégations hautement discutées sur un ex-petit ami [de la réalisatrice]." Le revirement de Poitras ne serait motivé que par des considérations personnelles ou, comme le sous-entendent également les avocats, une volonté de "déstabiliser Wikileaks, juste au moment où l'administration Trump a annoncé son intention de poursuivre les journalistes, les éditeurs et leurs collaborateurs." Mais comme le remarque Le Monde, les arguments déployés par Wikileaks rappellent "de manière inversée, des critiques faites à Wikileaks lors de la publication des documents confidentiels de l'armée et de la diplomatie américaine." Les avocats ont en effet invoqué la protection des sources journalistiques, et la sécurité des membres de Wikileaks, en sus de leur "intégrité personnelle et professionnelle".

Les producteurs de Risk et la réalisatrice leur ont répondu, également dans Newsweek, en accusant clairement Assange de vouloir les censurer : "Dans leur effort d'empêcher la diffusion de Risk, ils utilisent les mêmes tactiques qui ont souvent été utilisées contre eux - menaces légales, fausses craintes sur la sécurité, attaques personnelles - et avec le même but : supprimer de l'information et réduire au silence."

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Pour eux, Assange a consenti dès le début à un documentaire "indépendant" : "Ni Wikileaks ni Assange n'ont de contrôle éditorial sur Risk." Assange ne protesterait par le biais de ses avocats que parce que Poitras aurait refusé d'inclure dans le documentaire des scènes présentant Wikileaks sous un jour favorable, et d'en enlever d'autres, à leur désavantage. Quoi qu'il en soit, le film est d'ores et déjà sorti au cinéma aux États-Unis.


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