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En Allemagne, le "fact-checking" ne prend pas (Libération)

Par le - 19h05 - lu

Nombreuses en France, les rubriques de "fact-checking" politique sont beaucoup moins populaires en Allemagne. Pourquoi ? Le journaliste Jacques Pezet explique dans Libération que la situation politique particulière outre-Rhin pourrait en être la raison.

Pourquoi n'y a-t-il pas de rubrique de "fact-checking" politique dans les médias allemands? Le journaliste Jacques Pezet a exploré la question pour Libération. Car en Allemagne, à la différence de la France, il n'y a pas de grande rubrique qui vérifie la véracité des déclarations des responsables politiques, à l'exemple des "Décodeurs" du Monde ou du "Désintox" de Libération.

Allemagne fact-checking

Libération, 28 février 2017

Il y a pourtant eu des tentatives. Au-delà du travail évident de vérification des faits, base du journalisme, il existait par exemple la rubrique "Münchhausen-Check" (du nom du syndrome de Münchhausen, qui pousse le patient à s'inventer des maladies) sur le site Spiegel Online. Créée en octobre 2012, elle n'était tenue que par une seule personne: le directeur de la documentation et un vétéran du Spiegel. La rubrique a été abandonnée en 2015 par "manque de temps", explique Libération.

Est-ce à dire qu'il n'y aurait pas d'intox en Allemagne? Pas exactement: "On voit qu'il y a aussi en Allemagne des personnalités politiques de premier plan qui racontent parfois n'importe quoi ou qui inventent des chiffres", explique Pezet. Exemple: en septembre 2015, le ministre de l'Intérieur allemand, Thomas de Maizière, avait affirmé dans un talk-show qu'il y avait 30% de faux Syriens parmi les réfugiés. Estimation fausse, reprise pourtant par plusieurs médias (parmi lesquels l'hebdomadaire Focus), et qui a fait le bonheur de l'émission satirique allemande Die Anstalt (litt. L'institution, en référence à la chaîne publique ZDF sur laquelle est diffusée l'émission).

Alors à quoi tient l'absence de rubrique spécialisée pour combattre les intox ? D'abord à une question de catégorisation : des articles qui, en France, relèvent du "fact-checking", paraissent simplement dans la rubrique politique des médias allemands.

La montée du parti d'extrême droite, une chance pour le fact-checking ?

Mais l'explication pourrait également tenir à la situation politique du pays, explique le journaliste de Libération. L'Allemagne est dirigée depuis 2013 par une "grande coalition", alliance du parti chrétien-démocrate de centre-droit CDU (dont est issue Merkel) et du parti social-démocrate de centre-gauche SPD. Un partage du pouvoir qui contribuerait à faire baisser le nombre d'intox politiques. "Logique, écrit Pezet, quand les deux partis dominants jouent dans la même équipe, ils ont moins tendance à s'envoyer des contre-vérités et réduisent donc le travail des fact-checkers".

Mais cette situation pourrait bientôt changer. Avec la montée du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) qui mène une guerre permanente contre les médias qu'elle traite de "presse menteuse" et particulièrement contre les médias publics, le "fact-checking" pourrait faire son grand retour. La chaîne de télévision publique ZDF a d'ores et déjà annoncé vouloir lancer un mot-clé #ZDFcheck2017 en mai prochain, en vue des élections législatives de cet automne.

L'occasion de lire notre article : "En Allemagne, le parti d'extrême droite AfD attaque l'audiovisuel public"


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