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Turquie : journaliste turco-allemand arrêté

Par le - 20h45 - lu

Regain de tension entre les médias allemands et le gouvernement turc. Le correspondant en Turquie de Die Welt, Deniz Yücel, a été placé en garde à vue le 14 février. D'après les autorités turques, il est soupçonné d' "appartenance à une organisation terroriste" et d' "utilisation abusive de données". Parallèlement, plusieurs journalistes allemands accrédités ont été refoulés à l'entrée d'un meeting du premier ministre turc en Allemagne.

Les journalistes allemands, persona non grata pour le pouvoir turc ? Le correspondant en Turquie pour le quotidien conservateur Die Welt, Deniz Yücel a été arrêté par les autorités turques. Il est en garde à vue depuis le 14 février, soupçonné d' "appartenance à une organisation terroriste", et d'"utilisation abusive de données". La police turque a annoncé dimanche 19 février que la garde à vue du journaliste turco-allemand serait prolongée jusqu'au 28 février. Le journaliste, explique Die Welt, s'était présenté de lui-même à la police pour répondre aux questions à propos d'une enquête en cours, et n'a pas pu repartir. Cette enquête concernait le piratage de mails du ministre turc de l'énergie Berat Albayrak, par un groupe de hackers, RedHack.

Die Welt Yücel

"Le correspondant turc Deniz Yücel en garde à vue",
Die Welt, 19 février 2017

D'après les informations de Die Welt, le correspondant a été arrêté pour avoir publié, comme plusieurs de ses collègues, des articles en octobre dernier concernant ces mails.

L'arrestation de Yücel rappelle celle, en novembre dernier, du journaliste des Jours, Olivier Bertrand, auteur de plusieurs articles sur la Turquie pour le site d'info. Après avoir été détenu plusieurs jours par les autorités, il avait finalement été expulsé du pays.

Nombreux soutiens pour le journaliste de Die Welt

Alors qu'elle se trouvait à la conférence sur la sécurité de Munich, la chancelière allemande Angela Merkel a fait savoir qu'elle avait évoqué l'arrestation de Yücel avec le premier ministre turc Binali Yildirim.

En soutien au journaliste emprisonné, les mot-clé #FreeDeniz et #WirsindDeniz ("Nous sommes Deniz") ont fleuri sur Twitter, et le quotidien Die Welt a consacré, ce mardi 21 février, sa Une à son correspondant : "Nous sommes Deniz" peut-on lire sur une photo en noir et blanc de Yücel.

Une Die Welt

Une de Die Welt, 21 février 2017

A cette arrestation se sont ajoutées des tensions entre journalistes allemands et autorités turques sur le sol allemand. Le premier ministre turc Binali Yildirim était en meeting le 18 février dernier à Oberhausen, dans le Land de Rhénanie-du-nord-Westphalie. Il venait y défendre le projet de réforme constitutionnelle, qui doit renforcer les pouvoirs du président turc Erdogan. Plusieurs journalistes, accrédités pour l'occasion, se sont vus refuser l'accès au meeting. Parmi eux, un journaliste du quotidien national de gauche, Die Tageszeitung (taz), a été refoulé par le service de sécurité du parti turc au pouvoir AKP, comme l'a notamment rapporté l'hebdomadaire Der Spiegel. La raison ? "[Cette exclusion] a été justifiée par des considérations de sécurité, et un prétendu accord avec la police [locale], écrit le Spiegel. Mais cette dernière a démenti à la taz qu'une tel accord ait jamais été donné".

Le site Correctiv, un groupe de journalistes fondé par un ancien du Spiegel en 2014, a rapporté d'autres exclusions. Notamment celles de deux journalistes travaillant pour leur partenaire Özgürüz, site d'info fondé par Can Dünder, ancien rédacteur en chef du quotidien turc Cumhuriyet désormais exilé en Allemagne. L'association des journalistes allemands (DJV), principal syndicat de journalistes outre-Rhin, a fait savoir qu'elle condamnait les exclusions de journalistes.

Correctiv Erdogan

"Liberté de la presse : Erdogan ne l'aime pas - que ce soit en Turquie comme en Allemagne",
Correctiv, 21 février 2017

Chasse aux sorcières contre les médias et les journalistes

Les relations tendues entre presse allemande et pouvoir turc ne sont pas une nouveauté. En septembre dernier, déjà, un journaliste de la radio internationale allemande Deutsche Welle avait dénoncé la confiscation d'une de ses interviews avec le ministre turc de la Jeunesse et des Sports Akif Kilic par les conseillers du ministre.

Plus globalement, le climat entre médias et autorités turques est tendu depuis le coup d'Etat raté du 15 juillet 2016. Le président Recep Tayyip Erdogan, a accusé le prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, d'être l'instigateur de ce putsch manqué. Erdogan a lancé une chasse aux sorcières contre les médias et les journalistes accusés d’être proches du prédicateur. Depuis, de très nombreux journalistes ont été arrêtés, et plus d'une centaine d'organes de presse et journaux ont été fermés.


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