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Allemagne : Merkel privée de conversations "off" ?

Par le - 18h28 - lu

Opération transparence en vue pour la Chancellerie allemande ? Le tribunal administratif de Berlin a exigé de la chancelière Angela Merkel qu'elle dévoile le nom des journalistes avec lesquels elle a eu des discussions en "off" en 2016, ainsi que les thèmes évoqués lors de ces discussions. La décision du tribunal fait suite à la plainte d'un journaliste, qui dénonce les liens confidentiels entre presse et politique.

Vers la fin du "off" entre journalistes politiques et la chancelière allemande ? L'hebdomadaire Der Spiegel a révélé dans son édition du 18 février qu'Angela Merkel va devoir révéler avec quels journalistes elle a eu des entretiens confidentiels. Le tribunal administratif de Berlin a rendu un jugement dans ce sens le 22 décembre 2016. En conséquence, la chancelière allemande doit rendre publiques un certain nombre d'informations sur les conversations privées tenues en "off" avec des journalistes en 2016. Le tribunal exige que soient connus le lieu, la date, les participants aux discussions et les médias pour lesquels les journalistes présents travaillent. Les thèmes évoqués lors de ces rencontres doivent également être communiqués. En revanche, note le Spiegel, "le contenu précis [des conversations] pourra rester confidentiel".

Spiegel off Merkel

"Décision de justice : Merkel doit rendre publics les discussions «off» avec les journalistes"
Article du Spiegel, 18 février 2017

Cette décision inédite fait suite à une plainte datant de mai dernier. Elle avait été déposée par un journaliste du Tagesspiegel, l'un des principaux quotidiens berlinois. Le journaliste, Jost Müller-Neuhof, désirait savoir "avec quels journalistes la chancelière a discuté de la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne, de son rapport avec l'AfD [parti d'extrême droite allemand, ndlr], et de la crise des réfugiés", rappelle Der Spiegel.

En parallèle des révélations du Spiegel, le journaliste qui avait porté plainte est revenu, dans un article pour le Tagesspiegel, sur les raisons de sa démarche. Müller-Neuhof explique avoir voulu savoir avec qui la Chancelière avait discuté de certains thèmes précis Il raconte avoir demandé à la Chancellerie des détails sur les réunions en "off" alors qu'il menait "une recherche à propos des liens entre la presse et la politique". Mais le service presse de la Chancellerie n'a pas répondu à sa demande, expliquant qu'il s'agissait de "rencontres confidentielles". Pour protéger la nature confidentielle de ces discussions, le journaliste explique également avoir proposé aux autorités de "n'utiliser ces informations sur les rendez-vous que de manière confidentielle et de ne demander au tribunal administratif de Berlin que la publication d'un arrêté provisoire" pour avoir accès aux informations. Las : la demande aura finalement débouché sur une plainte et un procès.

Une décision critiquée par le principal syndicat de journalistes

Le tribunal a tranché en faveur du journaliste, considérant que "les journalistes doivent, dans le cadre de leur mission de droit public, savoir tout ce que les autorités savent", explique Müller-Neuhof. Le journaliste du Tagesspiegel se félicite de la décision de la justice. Elle est, selon lui, l'occasion pour les "citoyens intéressés" de voir "quels médias sont informés [par le pouvoir, ndlr] de manière privilégiée", dans une époque où la crédibilité des médias face au pouvoir est fortement entamée.

La décision de la justice allemande, qui pourrait s'appliquer également pour les prochaines années, n'est pas encore entrée en application. Elle fait pourtant déjà des mécontents : l'association des journalistes allemands (DJV), le principal syndicat allemand des journalistes outre-Rhin, a dénoncé dans un communiqué une décision semblable à une "farce". Son représentant fédéral, Frank Überall, dont les propos ont été rapportés par le Tagesspiegel, a déclaré lundi qu'il lui paraissait "plus important de savoir avec quels lobbyistes la chancelière discute". Quant à la Chancellerie, elle a fait savoir qu'elle avait formé un recours devant le tribunal administratif supérieur.


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