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Grèce : grand ménage dans les télés nationales privées

Par le - 14h56 - suivi

Après avoir rouvert dès son élection en 2015 la chaîne publique ERT, brutalement interdite d'émission en 2013, le gouvernement grec entreprend de faire le ménage dans les chaînes de télé nationales privées.

Comme le raconte Libération dans un article publié le 7 août, le gouvernement, formé autour du parti de la gauche Syriza et du parti souverainiste les Grecs indépendants, a entrepris une grande réforme de l’audiovisuel privé – patate chaude que les gouvernements successifs se refilaient d’année en année. Selon Libé, le processus de mise aux enchères des licences de télévision a été lancé et, fin août, "il n’y aura bientôt plus que quatre chaînes de télévision nationales privées en Grèce sur les six que compte le pays actuellement". Avec une grande perdante : "Mega, l’une des plus anciennes chaînes privées du pays et qui détient les records d’audience, disparaîtra. Ce nom ne figure en effet pas dans la présélection annoncée le 19 juillet par le gouvernement."

Libération

Qu’est-ce qui motive ce grand ménage ? Interrogée par Libération, Valia Kaïmaki – membre du secrétariat général de l’information et de la communication et ancienne journaliste de la radio publique ERT que nous avions reçue sur notre plateau lors de l’arrêt brutal de la chaîne en 2013 – rappelle que "les chaînes de télévision exploitent de façon quasi illégale les fréquences". Aussi, précise le quotidien, "en octobre, le gouvernement a donc pris le problème à bras-le-corps, d’abord en faisant voter un projet de loi pour modifier la structure des télévisions : création d’un cadre légal pour le numérique terrestre, ouverture à la concurrence et attribution des fréquences, modifications des règles publicitaires…"

Ce grand ménage intervient alors que, selon Libé, les médias privés ont perdu en crédibilité : "ils ont justifié les mesures d’austérité quand leurs téléspectateurs en subissaient les effets économiquement et socialement désastreux ; tenté de freiner l’ascension d’Aléxis Tsípras et de Syriza quand ces derniers avaient le vent en poupe. En juillet 2015, ils ont même mené une campagne éhontée contre le référendum voulu par Tsípras sur les propositions de l’Union européenne". En effet, comme nous le racontions ici, les chaînes de télé ont très largement soutenu le oui – pour mémoire, le non l’a emporté avec 66% des voix.

Cette remise à plat des fréquences provoque critiques et polémiques. Sur la mise au ban de Mega d’une part: d’aucuns y voient la main de l’Etat qui se débarrasse d’une chaîne, classée à droite, qui lui était opposée. Pour autant, Mega perd de l’argent et les salariés de la chaîne ne sont pas payés depuis des mois. Autre hypothèse sur cette éviction : ce serait une stratégie des deux familles à la tête de la chaîne qui, du fait de leurs désaccords, "auraient délibérément fait plonger l’entreprise… quitte à se repositionner chacune de leur côté" croit savoir Libération.

Sous le feu des critiques également : la candidature (retenue par le gouvernement parmi six autres) d’une nouvelle télé nommée Alter Ego et impulsée par Evángelos Marinákis, à la tête du club de foot Olympiakós. Selon Libé, ce dernier aurait "croisé Réna Doúrou, actuelle présidente de la région Attique et cadre de Syriza, juste avant qu’elle ne soit élue ; il lui aurait apporté son soutien en sous-main". L’opposition ne se prive pas pour dénoncer de nouveaux intérêts croisés entre politiques et médias – intérêts que le gouvernement dit pourtant vouloir combattre.


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