Yan Nascimbene, ou la leçon de modestie
Brève

Yan Nascimbene, ou la leçon de modestie

Yan Nascimbene s'en est allé vendredi dernier. Illustrateur et auteur discret au talent immense, il avait notamment illustré, à partir de 1987, deux cent cinquante couvertures de la collection Page Blanche chez Gallimard.


Il avait également illustré et parfois écrit une cinquantaine d'albums :



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Le 10 décembre 2009, votre serviteur publiait sur son blogue du Monde un article intitulé Le shin-hanga à la française en partie consacré à Yan Nascimbene. Voici cet article, auquel il avait eu la gentillesse de répondre.


Le shin-hanga à la française

Si l’estampe japonaise traditionnelle, ukiyo-e, a influencé les impressionnistes, l’estampe nouvelle, shin-hanga, va également creuser son trou par-cheu-nous ou pas loin, dans le domaine de l’illustration pour la jeunesse. L’un des exemples les plus frappants est celui de Yann Nascimbene, qui a produit de nombreux albums et illustré deux cent cinquante couvertures de la collection Page Blanche chez Gallimard.

Illustration Yan Nascimbene


Silhouettes perdues sous l’ombre douce des arbres

Illustration Yan Nascimbene

Le temple Meguro Fudo
par Kawase Hasui, 1931

 

Obscurité percée par un rassurant éclairage électrique

Illustration Yan Nascimbene

Boutique de coiffeur la nuit sous la pluie à Kanagawa
par Ishiwata Koitsu, 1931

 

Objets perdus dans des immensités planes,
natures mortes en vue plongeante

Illustration Yan Nascimbene

Pipes et cigarettes
par Asada Benji, XXème s.

 

Reflets, dégradés colorés,
discret rappel de la Vague dHokusai

Illustration Yan Nascimbene

Le mont Fuji vu du lac Shojin
par Tsuchiya Koitsu, 1934

 

Compositions au dépouillement absolu, fin cerné noir délimitant les différents éléments, grandes zones de couleurs douces et subtilement dégradées : on pourrait continuer longtemps cette liste d’exemples, chercher des points de rencontre, des coïncidences heureuses entre les œuvres des artistes shin-hanga et celles de Yann Nascimbene.

Un autre illustrateur français est lui aussi marqué par le shin-hanga. Il s’agit de Guy Billout, auteur - entre autres - de Il y a encore quelque chose qui cloche publié aux Éditions du Seuil.

Si les images de Billout sont, pour le fond, éminemment surréalistes, la forme emprunte également au shin-hanga.

 

Lumière et vagues en agonie sur plage brune

Illustration Guy Billout

La plage d’Inamura
par Shiro Kasamatsu, 1956

 

Mer noire et bleue sous ciel d’aurore

Illustration Guy Billout

Matin à Inubo par Kawase Hasui, 1931

 

Colonnes, architecture brune et blanche

Illustration Guy Billout

Soir de neige au temple Kiyomizu
par Kawase Hasui, 1950

 

Et un gros clin d’œil à la célèbreVague d’Hokusai !

Illustration Guy Billout

La grande vague de Kanagawa,
première des Trente-six vues du mont Fuji par Hokusai, 1831

 

Nascimbene et Billout travaillent à l’aquarelle pour retrouver les tonalités des artistes japonais, qui utilisaient la gravure sur bois afin de restituer l’ambiance de leurs études aquarellées. Mouvement de balancier entre la France et le Japon, qui perdure depuis 1868.

Un autre, qui puisa dans le fonds de l’ukiyo-e comme dans celui du shin-hanga, c’est Hergé. Les exemples sont légion, aussi on va se contenter de rappeler cette citation qui se passe de commentaires :

Extrait des Cigares du Pharaon


Et cette couverture de l’Île noire dont les couleurs, le traitement des rochers et des nuages semblent empruntés à Kawase Hasui ou Tsuchiya Koitsu :

Crépuscule à Kiba par Kawase Hasui, 1920

La péninsule de Muroto à Tosa par Kawase Hasui, 1927

Bateaux à Shinagawa par Tsuchiya Koitsu, 1936

Liens
Le site de Yan Nascimbene.
Le site de Guy Billout.

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Les mots de Yan Nascimbene commentant ce qui précède :

« Ah ! J’aurais dû me contenter de regarder, d’apprécier et me taire, ç’aurait été plus cool, mais je ne peux m’empêcher de vous dire mon plasir de me retrouver sur votre blog en compagnie de mon ami Guy, d’Hergé et de toutes ces merveilleuses gravures japonaises. C’est aussi pour moi une leçon de modestie, et une leçon tout court parce que - croira qui veut croire - je connais mal ces superbes images japonaises que je ne découvre que depuis quelques années, bien après avoir réalisé mes illustrations que vous avez eu la gentillesse de poster. Merci. Yan Nascimbene »


Yan Nascimbene était un homme délicat et élégant. Ses aquarelles lui ressemblaient.

 

L'occasion de lire ma chronique intitulée Le Bonhomme kamishibaï.

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