Vice-chancelier : carrière ou famille ? (presse allemande)
Brève

Vice-chancelier : carrière ou famille ? (presse allemande)

Sigmar Gabriel, chef du parti socialiste allemand (SPD) et désormais ministre de l'économie et de la transition énergétique est aussi le nouveau vice-chancelier, ainsi que la personnalité politique préférée des Allemands. Mais sa décision de conserver un peu de temps pour s'occuper de sa fille a beaucoup fait couler d'encre. Qu'il parcoure chaque semaine 500 km pour aller rejoindre sa famille une après-midi, peut être en hélicoptère, en revanche, n'a pas beaucoup intéressé les journalistes d'outre-Rhin.
Sigmar Gabriel à la crèche

Samedi 4 janvier, Sigmar Gabriel déclarait dans un entretien à la Bild Zeitung que le mercredi après-midi il était "chargé de récupérer [sa fille] à la crèche", sa femme, dentiste, travaillant ce jour-là. "Et je m'en réjouis" a-t-il ajouté. Dès 8h38, ce même jour, l'information est reprise dans un article du Spiegel Online. "Sigmar Gabriel veut réconcilier famille et carrière." Sous le papier un sondage auquel ont répondu 14 144 lecteurs indique que 43% trouvent ça plutôt «super» et exemplaire, 36% qu'une après-midi par semaine n'est pas véritablement suffisant, et seulement 17% qu'il devrait plutôt s'occuper de la transition énergétique.

Parmi les médias, la question divise au delà des affinités politiques. Le quotidien conservateur Die Welt se positionne ainsi très clairement "Il ne devrait pas y avoir de ministres à mi-temps", un poste d'une telle responsabilité n'étant pas a traiter par-dessus la jambe. Comme le sport professionnel ou la finance, la politique requiert à ce niveau un "engagement à 100%". Il est soutenu en cela par le Taggesspiegel, pourtant réputé au centre gauche qui estime quand à lui que "Ce que fait le chef du SPD avec sa fille est nul". Le quotidien basé à Berlin trouve la volonté du ministre de choisir sa famille plutôt que sa carrière "sympathique mais pas dans l'intérêt du pays". Sigmar Gabriel se voit reprocher un certain manque d'ambition. En tant que chef du second parti politique du pays et vice-chanclier, il devrait avoir pour seule motivation de devenir calife à la place du calife et de proposer une alternative à la politique de la CDU de Merkel. Le ministre se voit de plus reprocher d'instrumentaliser sa fille qui apparaît dès ses deux ans dans le tabloïd Bild.

De son côté le magazine féminin Brigitte se félicite du choix du ministre. Le fait que "des hommes à des postes très élevés s'efforcent de trouver du temps pour leur famille, constitue un nouveau modèle pour nous tous". De même, le très féministe, Emma, espère que le vice-chancelier conserve cette orientation, qui fait que "dans le nouveau gouvernement la parité n'est pas seulement l'affaire du ministère des femmes."

Que la position de Sigmar Gabriel secoue les médias dans un pays où le nombre de crèches est insuffisant, où l'école se termine à la mi-journée et où les femmes assument beaucoup plus que les hommes l'éducation des enfants, n'a rien de surprenant. Ainsi 80% des temps partiels sont en Allemagne occupés par des femmes. En Angleterre, la décision de Tony Blair de consacrer du temps à son dernier fils en 2000 et celle de Cameron de prendre son congé paternel de deux semaines lors de la naissance de sa fille en 2010 avaient aussi suscité un large débat.

Sigmar Gabriel chez Emma

En revanche, un scoop semble être passé inaperçu. Comme le relève Frédéric Lemaître, correspondant à Berlin du Monde, la petite ville de Goslar ou réside la famille du ministre se trouve à 273 km de la capitale (par l'autoroute). Selon la Bild-Zeitung, le ministre, chargé de la transition énergétique ne l'oublions pas, devrait faire les aller-retours en hélicoptère. Curieusement l'information n'a pas été reprise par les autres médias. Chassé par d'autres scandales, notamment la nomination d'un ancien ministre de la chancellerie (ce qui équivaut peu ou prou au poste de secrétaire général de l'Elysée), Ronald Pofalla, à la tête de la Deutsche Bahn, l'histoire ne semble pas avoir suscité l'intérêt des journalistes allemands.

Par Antoine Tricot

Partager cet article Commenter

 

Cet article est libre d’accès
En vous abonnant, vous contribuez
à une information sur les médias
indépendante et sans pub.

Déjà abonné.e ?

Voir aussi

Ne pas manquer

Abonnez-vous

En vous abonnant, vous contribuez à une information sur les médias indépendante et sans pub.