Triple A : Sarkozy en panne de mots
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Triple A : Sarkozy en panne de mots

En panne sèche d'éléments de langage

: ainsi est apparu Sarkozy, de manière inhabituelle, dans une conférence de presse, lundi, à Madrid. Alors qu'il n'avait pas encore réagi publiquement à la dégradation de la France par Standard and Poor's, laissant courageusement son gouvernement monter au casse-pipe, il est interrogé par un journaliste de Reuters. La suite est racontée par Arnaud Leparmentier, sur son blog du Monde:

Le journaliste de Reuters : "Considérez-vous que la perte du triple A est un échec et que le décrochage par rapport à l'Allemagne va réduire l'influence de la France en Europe ?"

Nicolas Sarkozy : "Vous n'avez peut-être pas eu les dernières informations ? Donc pouvez-vous me poser une autre question avec les dernières informations ?"

Le journaliste : "La question de savoir si vous considérez la perte du triple A comme un échec et si le décrochage avec l'Allemagne..."

Nicolas Sarkozy le coupe : "Je confirme vous n'avez pas eu les dernières informations. Donc si vous me posez une question sur les dernières informations, j'y répondrai. Si vous me posez une question sur ce qui s'est passé vendredi, c'est vendredi."

Si la réalité ne nous plait pas, changeons la réalité. Si la question de la presse ne nous plait pas, changeons la question de la presse. Quelles étaient donc "les dernières informations" sur lesquelles Reuters était sommée d'interroger l'Homme fort du régime ? "Moody's a maintenu le triple A de la France, la meilleure note possible», annonçait le matin une dépêche AFP, aussitôt reprise par une partie de la presse française. La réalité était cependant sensiblement différente, comme le notaient Les Echos. En résumé, Moody's se gardait certes d'emboîter le pas à l'agence concurrente (le contraire aurait été étonnant), mais maintenait la note française sous surveillance, avec possibilité de dégradation dans les six mois. Manifestement, à en juger par la reformulation de la question par le journaliste de Reuters ("Est ce que Moody's fait peser une épée de Damoclès après standard & Poor's sur la politique économique française ?"), celui-ci savait que l'interprétation de l'AFP était erronée. Et s'il l'était, on peine à croire que Sarkozy ne l'était pas aussi. Son refus de répondre est donc de pure mauvaise foi.

L'échange de Sarkozy avec le journaliste invisible de Reuters, et la manière dont il est mené, ressemble à une sorte d'échec et mat. Les "cellules de riposte", les réunions quotidiennes ou multi-hebdomadaires de fabrication "d'élements de langage", ont justement pour fonction unique d'éviter à la pièce maîtresse de se trouver dans cette situation précise, en panne totale de mots. Heureusement pour lui, les grandes chaînes de télévision françaises se sont bien gardées de diffuser cet extrait. Mais il se promène en ligne. A la place des fous, des cavaliers et des pions, on se demanderait si la partie continue vraiment.

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