Snowden, le sexe, et nous
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Snowden, le sexe, et nous

Edward Snowden accorde une interview à John Oliver, le plus pédagogue des humoristes

, le plus drôle des pédagogues (on vous le présentait ici). Et Oliver d'envoyer d'abord Snowden au tapis, en lui révélant, micro-trottoir aidant, que des passants interrogés au hasard à Times Square, à New York, le connaissent à peine. Sous texte : toutes vos histoires d'espionnage, l'Amérique profonde s'en fiche comme de son premier hamburger. C'est certainement vrai, même si, comme le fait remarquer son camarade Glenn Greenwald, les mêmes passants ne connaissent sans doute pas non plus le nom du vice-président américain. L'indifférence est un puits sans fond.

Mais ce n'est que le premier stade de la démonstration. Car l'équipe d'Oliver a posé aux mêmes passants une autre question : si le gouvernement était en mesure d'espionner les images que vous vous envoyez, et notamment les images de votre pénis ou de celui de votre mari, qu'en penseriez-vous ? Ah non ! Pas une bonne chose du tout, s'insurgent soudain les indifférents. Il faudrait prendre des mesures. Garantir le secret des correspondances, être vigilants, etc. Retour sur le visage imperturbable de Snowden.

"La bonne nouvelle, dit Edward Snowden, c'est qu'il n'existe pas de programme baptisé : les images de bites. La mauvaise, c'est qu'ils collectent toutes les informations, y compris vos images de bites". Et Snowden, toujours aussi impertubable, d'avouer qu'il n'avait jamais pensé, dans son combat, à recourir à cet argument.

Evidemment, c'est ce passage-là de l'interview de Snowden par Oliver qui va buzzer, et faire l'événement pendant 24 heures. Si Oliver s'était contenté d'interroger pieusement Snowden sur l'offensive des "géants du Net" contre le renouvellement de certaines dispositions du Patriot Act, c'était le plantage assuré. La différence entre Oliver et Snowden, c'est que Oliver le sait bien, et pas Snowden, ce qui donne la mesure de la radicale, vertigineuse, absence de toute trace de cynisme chez le saint patron des lanceurs d'alerte.

Oliver, lui, connait par coeur le dosage idéal entre le médicament amer et le sirop. Et à cet instant, ce n'est d'ailleurs pas seulement à Snowden qu'il donne une leçon de communication, ni même à son seul public, dont on entend, couvrant la conversation, les rires déconcertants -tout ceci est-il drôle, ou inquiétant ? Au-delà de son public apparent, Oliver tend un miroir à tous les journalistes du monde, qui ne font rien d'autre lorsqu'ils se soucient d'atteindre un public allant au-delà du cercle de leurs convaincus : saisir le téléspectateur au ventre, par les arguments les plus concernants. Et au-delà encore, c'est au grand public qu'il tend un autre miroir, à l'opinion américaine et mondiale, détentrice collective de ce trésor si rare et si convoité, la minute d'attention, dont elle ne se laisse déposséder que par d'incessants hold ups, où tous les moyens sont bons.

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