Sex Box, l'émission qui veut reprendre le sexe au porno (Channel 4)
Brève

Sex Box, l'émission qui veut reprendre le sexe au porno (Channel 4)

Sex Box, un nouveau talk show sur le sexe diffusé sur la chaîne britannique Channel 4 à partir du 7 octobre. Parmi les intervenants, un couple qui vient d'avoir une relation sexuelle dans une cabane en bois sans fenêtre et insonorisée, installée sur le plateau. But affiché : "récupérer le sexe, des mains des vendeurs de porno".

Le principe de l'émission Sex Box : un couple a des relations sexuelles dans un espace insonorisé et sans fenêtres dans le studio. Une fois rhabillé, le couple sort de cette cabane, et répond immédiatement aux questions des "spécialistes" présents sur le plateau. Ce qui donnerait à leur réponse plus de fraicheur et d'honnêteté selon la production. Le but annoncé est de combattre l'influence de la pornographie.

Il y a trois couples dans chaque émission, dont un couple homosexuel dans la première. Certains doutent des bonnes intentions éducatives de Channel 4. La chaîne a déja diffusé des programmes qui avaient amené les spécialistes de l'éducation sexuelle à réagir, rappelle le Daily Telegraph du 24 septembre.

Paul Vallely professeur de "public ethics and media" à à l'université de Chester s'interroge dans l'Independent du 24 septembre : "La télévision peut-elle parler sérieusement de sexe ?"

"Une partie de la difficulté de ce programme Sex Box programme de Channel 4, c'est qu'il veut jouer sur deux tableaux. Attirer les téléspectateurs avec l'idée que les couples vont avoir des relations sexuelles en direct pendant l'émission. Mais les couples le feront en privé, dans ce qui est décrit comme "une boîte opaque", d'où ils sortiront pour discuter des subtilités de leur union avec quatre experts ."


"Le programme qui dure une heure est diffusé dans le cadre de la Campaigne for Real Sex qui étudie la manière dont la pornographie est en train de changer les attitudes contemporaines face à la sexualité. Le but est de «récupérer le sexe» des mains des marchands de porno."

"Mariella Frostrup, qui présente l'émission, a raison quand elle dit: «Le sexe, que nous voyons de plus en plus en ligne sur le net, n'a que peu de rapport avec les expériences réelles des gens réels» ajoute Vallely.

"Mais cela ne répond pas à la question de ce qu'apporte la boîte de sexe insonorisée et opaque. Elle apporte une immédiateté à la discussion, disent les producteurs. (...) Il y a quelque chose d'inéluctablement voyeuriste dans la présence de boîte dans le studio." estime Vallely tout en reconnaissant que sans cette cabane en bois, on n'en aurait pas parlé dans ce journal.

Cette émission s'inscrit dans le cadre de la Campaign for Real Sex, une série de programmes de Channel 4 qui veulent remettre en cause la domination du porno. Outre Sex Box, Martin Daubney, journaliste et père de famille, s'intéresse à l'influence de la pornographie sur les adolescents, dans une autre émission.

Mariella Frostrup

Le choix de Mariella Frostrup pour animer l'émission est, pour Channel 4, une autre manière de lui donner du sérieux. Cette journaliste chevronnée, née en Norvège, a vu sa famille s'installer pendant son enfance en Irlande, avant de tenter sa chance à Londres, seule à 16 ans, après la mort de son père. Frostrup a, bien sûr, un compte Twitter avec un peu plus de 40 000 abonnés.

A ses côtés on trouve, une animatrice, Tracey Cox, auteur à succès de livre sur la sexualité et les relations amoureuses. On l'a vue dans la co-animation de l'émission Sex Inspectors sur Channel 4, qui plaçait des caméras dans la chambre à coucher, pour aider des couples en difficulté à se retrouver.

Il y a aussi deux hommes : un journaliste américain homosexuel militant, Dan Savage, et un psychothérapeute Philipp Hodson (65 ans).

Dans un texte publié par l'hebdomadaire The Observer, Hodson défend le principe de l'émission, en soulignant qu'en matière de sexualité, les Britanniques sont victimes de l'héritage de l'inhibition et du sexisme.

Selon lui, Sex Box n'est ni une émission de chroniqueurs (bien qu'il y en ait dans le panel) ni une émission de thérapie.

L'émission ne fait, bien sûr, pas l'unanimité.

"Mariella, pourquoi penser que nous voulons regarder ce couple en train de faire l'amour, à la télévision ?" titre, avec mauvaise foi, le tabloid Daily Mail du 29 septembre qui critique l'émission parce qu'elle se fait passer pour un programme de service public, alors qu'elle ne chercherait qu'à faire de l'audience.

L'émission n'est pas diffusée en France, mais une sexologue française a donné son avis au Figaro Madame :

"La chaîne met en avant le fait que ce type de programme libère la parole sur la sexualité. Est-ce une posture hypocrite ?"

"A-t-on besoin d’utiliser cette provocation ? Je suis cent fois d’accord pour qu’on parle de sexualité, mais la parole n’a pas besoin de cette mise en scène pour être libérée. (...) Le but de cette émission est clair : faire un carton d’audience ! Les programmes sur la sexualité sont toujours très suivis, mais là, on surenchérit pour toucher aux fantasmes primitifs de l’être humain que sont le voyeurisme et l’exhibitionnisme. On ne voit rien, mais c’est pire, parce qu’on sait que les participants sont sur le plateau et qu’ils font l’amour. J’ai mal pour eux : ils n’en sortiront pas indemnes." déclare Ghislaine Paris

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