Rocco Magnotta "n'est pas Dexter" (presse canadienne)
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Après avoir traversé trois pays en 10 jours, mobilisé Interpol et fait parler de lui dans le monde entier, Luka Rocco Magnotta a été démasqué pendant qu’il lisait placidement des articles à son sujet à un poste informatique. Il n’avait même pas pris la peine de se déguiser." |
"Kadir Anlayisli se tient derrière le comptoir de son café internet dans le quartier de Neukölln à Berlin", indique le Western Star avec une photo de l'homme qui a permis l'arrestation du fuyard canadien.
"L’acte de se filmer, le choix de diffuser lesdits actes et la facilité avec laquelle on peut faire tout cela sont un signe de notre temps. À chaque minute, les internautes ajoutent l’équivalent de 60 heures de vidéo sur YouTube, écrivait récemment le magazine Time: l’équivalent de 10 années de vidéo par jour. Ça fait beaucoup de monde qui veut se mettre en scène...Sur le blogue Terreur! Terreur!, Ed Hardcore (nom de plume, bien sûr) a écrit hier que Magnotta est le premier véritable acteur- réalisateur d’un snuff movie, un snuff étant la commission d’un meurtre destiné à être filmé et diffusé. Jusqu’ici, le snuff était du domaine de la légende urbaine. C’est fini.", écrit, sous le titre "Un crime de notre époque", Patrick Lagacé, un chroniqueur de La Presse.
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"Les scènes de meurtre dans la série Dexter nous montrent une violence froide, propre et très esthétisée. Ça n’a rien à voir avec les atrocités commises par l’acteur porno cheap Luka Rocco Magnotta dans son appartement miteux de Côte-des-Neiges", estime un autre chroniqueur de La Presse, qui compare le supposé tueur avec le héros d'une célébre série télévisée. "Car Luka s’en est peut- être inspiré, mais il n’a pas imité Dexter ou copié le protagoniste du film American Psycho, Patrick Bateman. «Il faut être extrêmement prudent avec cette idée- là. Il n’y a pas une seule étude qui prouve un lien de cause à effet entre le comportement des individus et leur fréquentation de certains médias. Ce Luka n’aurait pas eu besoin de Dexter pour passer à l’acte. Des tueurs en série, il y en avait aussi au XIXe siècle», rappelle le professeur à l’École des médias de l’UQAM et spécialiste en télévision, Pierre Barrette." D'autres chroniqueurs s'emballent, et lient les actes de Magnotta, à des choses qui n'ont as grand-chose à voir. C'est le cas de Jérome Martineau dans Le Journal de Montréal qui s'inquiétait samedi : "La normalité est devenue suspecte. Nous recherchons l’intensité, la fébrilité, l’excès, la transgression.Ce n’est pas suffisant de tuer : il faut dépecer, massacrer." Et Martineau relie implicitement le meurtre à la grève des étudiants québécois et à leurs manifestations, en cours depuis plus de trois mois, contre la hausse des frais de scolarité à l'université : "Le délinquant est devenu la figure emblématique de notre époque, dit Pelletier. Les rebelles, les casseurs, les anarchistes, les têtes brûlées – voilà les gens qui enflamment notre imaginaire.Les gens qui défendent la loi et l’ordre nous apparaissent comme ennuyeux, ternes, comme des rabat-joie qui veulent imposer des limites à nos désirs, à nos rêves…Ça ne vous rappelle pas quelque chose ?" |
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