Rima Hassan, la 3-MMC et Laurent Nuñez : les médias face à leur propre intox
Analyse

Rima Hassan, la 3-MMC et Laurent Nuñez : les médias face à leur propre intox

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"Complément d’enquête" révèle que le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, aurait participé à la circulation de l’intox visant Rima Hassan et la soi-disant drogue retrouvée dans son sac, le 2 avril dernier, lors d'un placement à garde à vue. Les révélations sur le rôle du ministre, elles, n’ont pas connu le même retentissement sur les chaînes qui avaient attisé l’incendie médiatique. Un mensonge au sommet de l'État, est-il moins important qu’un prétendu sachet de poudre ?

Six mois plus tard, les faits permettent de regarder autrement l'un des emballements médiatiques les plus marquants de l'année. Une garde à vue, un sac, un sachet et une fake news : le 2 avril dernier, l'eurodéputée Rima Hassan était convoquée pour "apologie au terrorisme", suite à un tweet dans lequel elle relayait une citation de Kōzō Okamoto, co-auteur en 1972, au nom du Front populaire de libération de la Palestine, d'un massacre à l'aéroport de Tel-Aviv, qui a fait 26 morts. 

Mais "breaking news" : une "petite quantité" de drogue de synthèse "s'apparentant à de la 3-MMC" aurait été retrouvée dans sa valise, lors de cette même garde à vue. La machine s'active. Priorité au direct, éditions spéciales : on dépêche les éditorialistes en urgence. Six jours seulement après l'emballement, l'information était déjà démentie. 

Le 9 avril, le parquet de Paris classe l'enquête : les tests en laboratoire confirment que le sachet retrouvé dans le sac de Rima Hassan ne contenait que du CBD. Substance légale. Ce 17 septembre 2026, de nouvelles informations relancent l'affaire : l'émission Complément d'enquête diffusée sur France 2, qui fait le portrait de Rima Hassan, révèle que Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, est en partie responsable de la diffusion de cette fausse information.

Selon l'émission, Laurent Nuñez a contribué à véhiculer cette information non vérifiée. Alors qu'il rentrait d'un déplacement à Bordeaux aux côtés de Sébastien Lecornu, il se retrouve auprès de journalistes dans le wagon-bar. Questionné sur la présence de substances dans les affaires de Rima Hassan, Laurent Nuñez répond : "Il se peut que ce soit exact", expliquant qu'il s'agit d'"un truc de synthèse", et que le second produit est "un dérivé de la cocaïne", ajoutant qu'il "ne s'y connait pas trop". 

Un des journalistes présents, interrogé par Complément d'enquête et anonymisé, confie : "Sur le coup, je me dis : mais il ne se rend pas compte qu'il est en train de nous donner des informations totalement confidentielles. Que peut-être qu'un ministre de l'Intérieur ne devrait pas dire ce genre de choses à côté de son premier ministre". Deux lignes rouges sont potentiellement franchies : celle d'une information véhiculée par le ministre de l'intérieur, non vérifiée ; et celle du secret de l'enquête, auquel Laurent Nuñez aurait porté atteinte, en outrepassant ses fonctions.

Nuñez dément, Rima Hassan porte plainte

Laurent Nuñez, lui, dément : "Je n'ai organisé aucune fuite" assure le ministre. "Je suis dans un déplacement, les médias ont tout, toutes les informations, je ne sais pas comment ils les ont eues". Auditionné ce 17 septembre dans le cadre du projet de loi intégral contre les violences sexistes et sexuelles, Laurent Nuñez est rattrapé par l'affaire. Les députées insoumises l'interpellent sur son rôle joué dans la diffusion de la fake news : "Qu'attendez-vous pour démissionner ?", demande Sarah Legrain. "Si vous essayez de faire croire, à travers cette émission, que le ministre de l'intérieur a organisé des fuites pour nuire à madame Rima Hassan, mais c'est vraiment n'importe quoi !" se défend le ministre. Rima Hassan, elle, a annoncé porter plainte contre le ministre de l'Intérieur devant la Cour de justice de la République.

Ironie du sort : en juillet dernier, Laurent Nuñez défendait un projet de loi destiné à renforcer les sanctions contre celles et ceux qui diffusent de fausses informations en période électorale, à l'approche des présidentielles.

Contribuer à une fake news, puis la raconter

19h, mercredi 16 septembre, France info diffuse son premier teasing de l'émission. On y apprend donc que le sommet de l'Etat participe à souffler de fausses informations à la presse concernant une eurodéputée LFI. La presse écrite s'en empare, de L'Huma au Figaro. Y compris la presse qui, six mois plus tôt, s'était montrée prompte à relayer la fake news sur le prétendu sachet de 3-MMC.

Comment les médias qui ont alimenté l'intox sur la drogue hier, racontent-ils cette histoire aujourd'hui ? Le Parisien qui en avril titrait à l'affirmative, "info Le Parisien", sur le fait que de la drogue de synthèse avait été retrouvée dans le sac de la députée, écrit aujourd'hui, à propos des nouvelles informations concernant le rôle de Nuñez dans cette affaire : "Plusieurs médias, dont Le Parisien, font état de la découverte par les policiers d'une petite quantité de drogue de synthèse dans le sac de l'eurodéputée LFI". 

Selon Rima Hassan, interrogée dans Complément d'enquête, "plus de 500 articles" auraient relayé, à l'époque, la fake news. Une diffusion massive, qui s'explique notamment par la reprise de l'AFP, qui mentionnait "quelques grammes de drogue de synthèse dans le sac de l'eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan". Quelques mois plus tard, les mêmes médias restent flous. "Plusieurs médias avaient fait état de la découverte de stupéfiants", louvoie Ouest-France, tandis que Actu Paris évoque une "information inexacte", que lui-même avait relayée en avril. 

Après l'intox, le silence des chaînes d'info

Qu'ont fait depuis le 16 septembre les chaînes d'info, les mêmes qui en avril avaient transformé l'histoire en feuilleton ? Lorsque la prétendue détention de 3-MMC avait été démentie, aucun mea culpa n'avait été prononcé par les chaînes d'information. 

Cette fois-ci encore, les mêmes chaînes ont opté pour le silence. Selon nos constatations, ce 16 et 17 septembre, ni BFMTV, ni LCI, ni CNews ont évoqué le rôle de Laurent Nuñez dans la diffusion de cette fausse information. Et donc leur propre rôle. 

Il faut dire que BFMTV, CNews et LCI ont joué un rôle important aussi dans l'ampleur prise par cette fausse information. Les archives consultées par ASI cette semaine sont, de ce point de vue-là, édifiantes.

"La 3-MMC qui a été retrouvée, alors qu'elle était convoquée pour une autre affaire d'apologie du terrorisme : ça commence à faire beaucoup quand même ?" demande Julie Hammett, présentatrice de BFMTV, à son invité Victor Eyraud, journaliste à Valeurs Actuelles, le 2 avril. "Ça fait beaucoup, ça ne sera pas assez pour en venir à bout de Rima Hassan, j'en suis persuadé", répond-il sereinement, une sentence qui ne semble déranger personne sur le plateau. BFMTV n'avait pourtant, à ce moment-là, jamais eu la moindre confirmation du parquet selon Mediapart.

Direction LCI, où l'affaire occupe très largement l'antenne. Dans son édito politique, Christophe Barbier affirme très sereinement, le 3 avril au matin : "Elle dit « Non, c'est faux » il y avait juste du CBD médical… Et bien on verra ce que les analyses trouvent !". Jonas Haddad, porte-parole des Républicains, ajoutait même que "Ces fake news absolues qui consistent à dire que « Non, il n'y a pas de drogue dans le sac de Rima Hassan », le parquet le dit !". Contredit en plateau par Romain Ruiz, avocat d'élus LFI : "Le parquet ne dit pas toujours la vérité", Jonas Haddad remarquait, choqué : "Ah oui d'accord… On est dans une réalité alternative en fait !". La formule, six mois plus tard, a mal vieilli. 

Ces 16 et 17 septembre, plutôt que de médiatiser les révélations concernant le ministre de l'intérieur, sur BFM, on suivait Marine Le Pen, au secours des sinistré·es des incendies de cet été. 

Sur LCI, Robert Ménard, qui à l'époque avait déclaré, "ça fait beaucoup de drogués à la France insoumise", a été interrogé sur le concept de préférence nationale. 

Sur CNews, la préoccupation est autre : 

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