Radio France : le jeu de "la tutelle" mis en cause
Brève

Radio France : le jeu de "la tutelle" mis en cause

C'est l'impasse. Les salariés de Radio France ont voté la reconduction de la grève jusqu'à lundi inclus. Et dix jours après le début du conflit, le PDG du groupe public, Mathieu Gallet, n'est plus la seule cible des grévistes. Ces derniers mettent en cause l'attitude de "la tutelle", c'est-à-dire le ministère de la Culture. Car derrière les craintes de la suppression d'environ 300 postes, c'est bien le gouvernement qui impose un plan d'austérité.

La pression s'accentue un peu plus sur Mathieu Gallet. Coup sur coup, la ministre de Culture, Fleur Pellerin, et le Premier ministre, Manuel Valls, ont rappelé à l'ordre le PDG de Radio France tout en appelant à la fin de la grève. Mercredi 25 mars, Pellerin "a convoqué" Gallet en lui demandant de lui remettre "sous 15 jours des propositions précises et fermes" pour son plan stratégique. Vendredi 27 mars, Manuel Valls en a remis une louche : "Il faut que cette grève s'arrête. Il faut que le dialogue social reparte sur de bonnes bases et il faut que Mathieu Gallet, comme la ministre Fleur Pellerin lui a demandé, nous fasse des propositions pour redresser Radio France. Il faut que Mathieu Gallet assume pleinement ses responsabilités", a-t-il déclaré.

Ces rappels à l'ordre focalisent l'attention sur Gallet (chahuté en AG face aux grévistes, notamment à cause des multiples révélations sur le coût de rénovation de son bureau ou le contrat de son conseiller en com). Mais pour les syndicalistes, reçus mercredi 27 mars par Pellerin, la tutelle (c'est-à-dire l'Etat) joue un double jeu en mettant la pression sur Gallet... tout en lui imposant un plan d'austérité.


"Ils se sont foutus de nous, a dénoncé un représentant des salariés, cité par Le Monde, pendant l'AG, au lendemain de la rencontre avec la ministre. Nous n’avons pas été traités sérieusement, la tutelle ne prend pas la mesure de ce qui se passe à Radio France". Un autre évoque un "jeu" et un "comportement pervers" de la part de la tutelle. A l'origine de ce conflit, la négociation du "Contrat d'objectif et de moyens" entre l'Etat et Radio France qui fixera les objectifs et le budget du groupe public jusqu'en 2019. On sait déjà que Radio France doit trouver 50 millions d'euros d'ici 2017. Pour y parvenir, les salariés craignent la suppression d'environ 300 postes. Face à Pellerin, les syndicalistes souhaitaient donc obtenir des garanties sur le budget (90% des ressources proviennent de l'Etat) et sur l'emploi. Des garanties qu'ils n'ont pas obtenues. Et pour cause : l'Etat est à l'origine de ce plan d'austérité.

Interrogée par Le Monde, une journaliste dénonce cette situation : "On a le sentiment d’être des pions dans un jeu de pouvoir entre le gouvernement, le CSA et la direction. Les responsables de la tutelle regardent la crise avec distance, voire ont du plaisir à voir Mathieu Gallet s’embourber, croit-elle savoir. C’est un jeu dangereux pour les antennes. La sortie de crise ne peut passer que par la tutelle, or celle-ci laisse Mathieu Gallet dans son jus, je ne suis pas sûre que cela nous rende service. Remplacer Gallet nous rendrait-il service ? Non, on repartirait à zéro, avec les mêmes contraintes de la tutelle". Gallet est censé remettre à Pellerin son plan stratégique à la mi-avril.

D'ici là, les négociations quotidiennes continuent entre les grévistes et la direction de Radio France. Une première avancée a été obtenue à propos de la réforme... du service de propreté. L'année dernière, "les personnes qui s'occupaient du ménage des bureaux dans les étages, qui travaillaient là depuis parfois 25, 30 ans, ont été déplacées au sous-sol, tandis qu'une entreprise extérieure a été embauchée pour faire leur travail", a expliqué au Monde Anne Le Guehennec, technicienne et membre de la CGT. La réforme vient d'être abandonnée. Anecdotique ? Pour certains grévistes, cette réforme préfigurait les négociations à venir : "la direction a humilié des gens qui travaillaient là depuis des années, que l'on croisait tous les jours", analyse une salariée. Avec l'abandon de cette réforme, les salariés espèrent une reprise du dialogue.

L'occasion de relire notre article (avec bande-son) sur l'AG mouvementée entre Gallet et les grévistes.

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