Québec / fuites : téléphones de journalistes surveillés
Brève

Québec / fuites : téléphones de journalistes surveillés

Deux affaires de surveillance de communication téléphonique par des services québecois : la presse québecoise s'indigne de cette surveillance, pratiquée par la police pour rechercher l'origine de fuites. Le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec (SQ) ont reconnu la pratique de ces écoutes, et affirment avoir agi légalement.

Consultation des numéros composés et reçus de six journalistes en 2013, interception en temps réel des numéros et localisation par GPS pour le journaliste Patrick Lagacé en 2016 : le Québec est secoué par deux affaires de révélations concernant la surveillance de sept journalistes appartenant à trois des médias principaux de la province canadienne : La Presse, Radio Canada et Le Journal de Montréal.

Visés chacun dans une affaire, le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec (SQ) ont reconnu avoir effectué ce type de pratiques mais ont affirmé l'avoir fait de manière légale, après l'obtention de mandats.

Deux affaires de traque de sources internes

Ces deux affaires sont sorties la même semaine. Le 31 octobre, c'est La Presse qui révèle que son journaliste Patrick Lagacé a été mis sur écoute entre janvier et décembre 2016 par le SPVM pour la raison suivante : un enquêteur employé par ce service de police Fayçal Djelidi est souponné d'avoir fait fuiter des informations dans les médias. Dans le téléphone du policier, le numéro de Patrick Lagacé est retrouvé, et le SPVM lance une requête (acceptée par la juge Josée de Carufel) pour placer le téléphone du journaliste sur écoute.

Dans la foulée de l'affaire, le nouveau directeur général de la SQ Martin Prud'homme a demandé des vérifications internes, afin de savoir si ce type de pratique avait aussi eu lieu dans son service. Quelques jours plus tard, le 2 novembre, six journalistes apprennent que les registres de leur téléphone portable ont été vérifiés par la SQ : Marie-Maude Denis, Isabelle Richer et Alain Gravel de Radio-Canada, Denis Lessard et André Cedilot de La Presse, et Eric Thibault du Journal de Montréal.

Ces écoutes, datant de 2013, ont pour but de savoir d'où viennent les fuites concernant une enquête policière sur l’ex-président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Michel Arsenault. Ce dernier était impliqué dans une affaire d'infiltration par le crime organisé d'entreprises de travaux publics. Cette année-là, il avait envoyé une lettre au ministre de la Sécurité publique de l'époque afin de "faire une enquête sur les fuites importantes d'information émanant de la surveillance électronique dont [il avait] fait l'objet". Considérant ces journalistes comme suspects (ils auraient utilisé ou divulgué une communication privée), la SQ décide de scruter leurs registres téléphoniques.


Snowden : "Une menace à notre démocratie"

Les médias québecois se sont indignés de ces deux affaires. Les journalistes surveillés ont aussi dénoncé le nouveau climat de tension pour leurs sources, désormais plus rétives à l'idée de parler à la presse. Même Edward Snowden s'est ému sur Twitter de la situation. Lors d'une visio-conférence à l'université McGill de Montréal, il a décrit ces affaires comme "une atteinte radicale à la liberté de presse" et "une menace sur notre modèle traditionnel de démocratie".


Captures d'écran de deux tweets d'Edward Snowden, qui datent respectivement du 31 octobre et du 2 novembre 2016

(Par Nathan Gallo)

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