Quand Luc Besson sélectionne les "bons" journalistes
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Quand Luc Besson sélectionne les "bons" journalistes

Il y a les bons journalistes, complaisants, et les mauvais, forcément critiques. Dans une biographie "non autorisée" intitulée Luc Besson, l'homme qui voulait être aimé (éd. Flammarion), le journaliste Geoffrey Le Guilcher consacre tout un chapitre aux relations du cinéaste producteur avec les journalistes. Et parmi les exemples de copinage, le journaliste cite le cas d'un Complément d'enquête diffusée en juillet 2014 sur France 2.



La voilà enfin la biographie non autorisée. En 2009, sachant que plusieurs biographies allaient être publiées sans son accord, Luc Besson avait demandé à son ami journaliste, Marc-Olivier Fogiel, de travailler à un livre d'entretiens qui retracerait tout son parcours. Terminé, le livre n'a jamais été publié, Besson attendant la parution des livres critiques sur lui pour allumer un contre-feu. Sept ans plus tard, Besson pourra peut-être ressortir sa bonne bio. Car une "biographie non autorisée", critique sur le personnage, vient d'être publiée.

Dans L'homme qui voulait être aimé, Geoffrey Le Guilcher explique notamment comment Besson "sélectionne" les bons journalistes, forcément fans du cinéaste. Exemple ? En juillet 2014, Besson accepte d'être filmé pour un portrait diffusé dans le cadre de Complément d'enquête (France 2). La voix off donne le ton : "Comment cet homme d'origine modeste est-il devenu l'égal des stars et l'un des cinéastes les plus bankables de la planète ?" Entre deux messages sympathiques du même genre, les témoins se succèdent. Et tous ont un point commun : ils aiment bien Luc Besson. Pour le comédien Jamel Debbouze, Besson est "une légende vivante". Un spécialiste de cinéma le compare à un "grand patron de studio hollywoodien".


Pour le journaliste Geoffray Le Guilcher, ce documentaire est un cas d'école. Tous les amis acteurs de Besson ont été interrogés. En revanche, tous ceux qui auraient pu le critiquer, comme ses anciens partenaires qui se sont désengagés d'Europa Corp, sa société de production, n'apparaissent pas à l'écran. Certes, des sujets qui fâchent, comme les soupçons sur les conditions de financement de la cité du cinéma de Besson, révélées par Le Parisien, sont brièvement évoqués. Mais quand il s'agit d'aborder ces sujets un peu gênants, la voix off est toujours là pour atténuer l'impact de la critique et le faire passer pour une victime. Besson fait-il des films trop commerciaux ? "L'enfant terrible du cinéma français est passé du côté obscur de la force et puis il gagne de l'argent, c'est mal vu chez les artistes. Alors ça cogne et ça flingue", énonce la voix off.

Mal vu aussi de laisser les commentaires trop négatifs dans le doc ? Frédéric Sojcher, le responsable du master cinéma de la Sorbonne, qui témoigne à l'écran, assure que seules ses remarques positives ont été gardées. "Mon message a été modifié, assure-t-il à Le Guilcher. Au montage, ils ont coupé mes interrogations sur ses méthodes de mogul hollywwodien envers les jeunes réalisateurs. Ils ont aussi supprimé mes questionnements (...) Est-ce que son école gratuite de cinéma vise à générer de la diversité chez les réalisateurs ou simplement à créer de futurs Luc Besson ? Tout cela est passé à la trappe. C'est un personnage à multiples facettes. Il y a une face lumineuse et une face obscure et je pense que ce sont les deux qui font sens. Dans le documentaire, ils ont retiré les nuances".  

Comment expliquer une telle bienveillance ? L'auteur de la bio suggère une piste : le documentaire a été produit par 416 Productions, une société appartenant à la journaliste Mélissa Theuriau, mariée à Jamel Debbouze, et proche de Besson. Luc Besson était invité à leur mariage, et les bureaux de la société de Jamel Debbouze qui gère ses activités sont installés dans la cité du cinéma. Interrogée dans le cadre de cette bio non autorisée, Mélissa Theuriau ne nie pas ses liens avec Besson... tout en assurant ne pas être intervenue auprès de la réalisatrice sur le contenu du doc.

Du côté de France 2, on assure que tout est "une question de curseur". "On est évidemment entre le documentaire autorisé et l'enquête, explique le rédacteur en chef de Complément d'enquête, Joël Bruandet. On aurait pu faire mieux mais je ne rougis pas du résultat".


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