Procès Bouygues/Flamanville : fraude massive... mais peu médiatisée
Brève

Procès Bouygues/Flamanville : fraude massive... mais peu médiatisée

500 travailleurs polonais et roumains employés illégalement puis expulsés par Bouygues et des dizaines de millions de

pertes pour l’Urssaf et les impôts. Une bombe à retardement, un scandale judiciaire à venir ? Non, un procès, tenu pendant quatre jours à Cherbourg cette semaine, auquel les médias ont accordé un intérêt... tout relatif.

Parmi les rares journalistes présents au procès, l'envoyée spéciale de Mediapart, Pascale Pascariello. Dans son long papier, on découvre comment le groupe de BTP Bouygues a mis en place un "système sophistiqué de fraude" entre 2008 et 2012 sur le chantier de l'EPR (réacteur nucléaire de troisième génération) de Flamanville. Des montages juridiques et financiers qui visent à "diluer" la responsabilité de Bouygues : "Les ouvriers roumains sont embauchés par Elco et les Polonais sont recrutés par Atlanco, boîte d’intérim au siège irlandais qui passe par des bureaux fictifs à Chypre", détaille Mediapart... qui va jusqu'à parler de "nouvelle forme de commerce triangulaire" qui "vise à profiter des meilleurs taux d’imposition européens".


Pire : "En juin 2011, les inspecteurs du travail enjoignent EDF et Bouygues de régulariser la situation de ces salariés. [...] Bouygues décide, sur les conseils de son service juridique, de renvoyer les Polonais dans leur pays. Avertis le vendredi 24 juin à 20heures, les Polonais ont embarqué dans des bus le dimanche 26 juin. L’avocat de la CGT, Flavien Jocquera, parle des «bus de la honte»."

Dans Le Monde, qui consacrait un long avant-papier aux "fantômes de Flamanville", le ton est différent, mais les faits tout aussi accablants pour Bouygues. "En novembre 2009, Jacques Paget arrive sur le chantier pour coordonner la sécurité. Employé de Bouygues, il découvre un nombre d’accidents hors normes : 39,7 par million d’heures travaillées, quatre fois la moyenne dans l’industrie. Il alerte Bouygues, puis exerce son droit d’alerte et de retrait en août. Ce qui lui vaut d’être licencié deux mois plus tard."

Dans le reste de la presse, pas d'envoyés spéciaux, de directs ou de chroniques judiciaires. Plutôt le strict minimum : la reprise des dépêches AFP sur le sujet. Idem pour les JT, qui n'ont pas consacré un seul sujet au procès cette semaine. Pas étonnant donc que la clémence de la peine requise - 150 000 euros - ne soit passée aussi inaperçue.

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