Omran : doutes et confusions autour d'une photo (et d'une vidéo)
Brève

Omran : doutes et confusions autour d'une photo (et d'une vidéo)

Un photographe proche de rebelles extrémistes ?

Selon Le Parisien, le photographe Mahmoud Rslan, qui a pris une photo du petit Omran Daqneesh (dont Alain Korkos vous parlait ici) après un bombardement à Alep en Syrie, "ne cache pas sa sympathie pour un groupe rebelle qui a décapité un enfant, en juillet".

Le quotidien en veut pour preuve "une photo publiée sur son compte Facebook le 5 août", où "il pose fièrement aux côtés de membres de Noureddine Al-Zinki, dont deux commandants du mouvement à Alep, Omar Salkho et Mohammed Mayuf". "En légende, Mahmoud Rslan écrit : «La victoire vient avec la permission de Dieu». Salkho et Mayuf sont deux des hommes impliqués dans la décapitation à Alep d'un enfant, Abdallah Issa, dont le supplice avait été rapporté à la mi-juillet", poursuit Le Parisien.

"Quelle est la profondeur des relations qu'entretient Mahmoud Rslan avec Nourredine Al-Zinki ? Pouvait-il ignorer le méfait du groupe rebelle au moment de publier son selfie sur Facebook ? s’interroge toutefois Le Parisien. Le photographe n'était pas joignable au moment d'écrire ces lignes. Interrogé auparavant par l'AFP sur ses photos d'Omrane, il a eu ces paroles lourdes de sens : «Cet enfant comme tous les enfants en Syrie est le symbole de l'innocence. Ils n'ont rien à voir avec la guerre»."

L’AFP avait-elle conscience de cet éventuel problème ? Interrogé par Le Parisien, l’adjoint à la direction de l'information de l’agence, Christophe Schmidt, explique les conditions de leur collaboration avec Rslan : "Notre bureau de Beyrouth surveille régulièrement la production de l'Aleppo Media Center (média militant, ndlr), c'est par leur intermédiaire que nous avons découvert la photo du petit Omrane. Nous avons fait ce que nous faisons à chaque fois que nous avons affaire à ce type de contenus : contrôler l'authenticité des images et vérifier que nous ne nous faisons pas manipuler. Nous nous sommes adressés à notre pigiste photo et vidéo à Alep Est qui connaît directement Rslan. Il le décrit comme un activiste anti-régime qui travaille régulièrement avec Al-Jazira Direct. Selon lui, Rslan ne participe pas à des opérations militaires, mais il fréquente des tas de combattants. Il faut imaginer le contexte de cette ville d'Alep... Tous ceux qui sont impliqués dans la collecte d'informations ne peuvent qu'être en relation avec les combattants."

Une photo, une vidéo et deux auteurs différents

C'est par ailleurs à tort que les médias français ont attribué au photographe Rslan cette vidéo d'Omran, dont sont issues la plupart des images du petit Syrien diffusées dans la presse.


L’Obs écrit ainsi que la vidéo "a été tournée par Mahmoud Rslan, qui documente la guerre dans la ville". Le Parisien assure pourtant qu'on peut "voir Rslan prendre des photos" dans la vidéo. Problème : Rslan ne peut à la fois tourner la vidéo et être visible dessus avec un appareil photo à la main. En fait, la vidéo a été tournée par un autre journaliste d’Alep, Mustafa al-Sarout, interrogé par le Guardian, et qui n’est cité par aucun média francophone. Sa vidéo a été diffusée par le média militant d’opposition au régime, Aleppo Media Centre.

Mahmoud Rslan a bien pris une photo, diffusée par certaines agences de presse, dont l’AFP, reconnaissable par un angle légèrement différement de celui de la vidéo :

La capture d'écran de la vidéo d'al-Sarout : l'enfant est pris de face

La photo de Rsan, qui se trouvait légèrement à la gauche d'Omran


L'occasion de lire notre enquête : Syrie : la guerre des sources

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