Obs / Grèce : un opposant "décommandé" du colloque
Brève

Obs / Grèce : un opposant "décommandé" du colloque

Un étrange changement de programme lors des journées du Nouvel Observateur à Athènes intitulées "Osez la démocratie" a abouti à la mise à l'écart du seul intervenant critique vis-à-vis du gouvernement grec.

Censure ? Le Nouvel Obs organise ce week-end des "journées" à Athènes, au titre prometteur et ambitieux de "Osez la démocratie". L'une de ces journées événementiels qu'organise l'Obs pour consolider son budget.

Le logo des journées d'Athènes du Nouvel Obs

Au menu, plusieurs débats entre spécialistes de l'Union Européenne comme Michel Barnier, le commissaire européen au Marché intérieur et aux Services, ou Bernard Kouchner ; des économistes tels qu'Elie Cohen ou Jean Marc Daniel, des hommes politiques grecs de premier plan parmi lesquels le premier ministre actuel Antonis Samaras, celui de 1996 à 2004, Kostas Simitis ou le vice-premier ministre et ministres des affaires étrangères Evangelos Venizelos. Ajoutez le ministre allemand délégué aux affaires greques Hans Fuchtel, auteur d'une phrase qui lui a valu quelques inimitiés dans la péninsule hellénique car il y sous-entendait que 1000 contractuels allemands pourraient faire le travail de 3000 Grecs. Enfin des sponsors privés tels que Total, GDF Suez, Pernod Ricard, PSA ou l'industrie métallurgique grecque Mytilineos.

L'article de Kathimerini du 21 jan­vier au apparait le nom de Gorgos Vichas

Au milieu de ce beau monde, un invité manque pourtant à l'appel, le Dr. Gorgos Vichas. Ce cardiologue, membre de la Metropolitan Community Clinic à Helleniko, est bien connu pour son engagement dans ce centre médical animé par des bénévoles et offrant des soins gratuits à tous ceux, nombreux, privés de couverture médicale. Pourtant présenté dans la liste des intervenants sur le site du Nouvel Observateur et annoncé...

picto ...dans un article du journal par­te­naire de la confé­rence Kathimerini du 21 jan­vier, ...

...son nom n’apparaît plus sur le programme visible dans le magazine de cette semaine.

Après avoir invité ce médecin pour intervenir dans le cadre un forum autour de la santé en Grèce, les organisateurs ont décommandé en raison d'un malheureux "changement dans l'ordre du jour", comme le rapportent Okeanews et Eleftherotypia. Gorgos Vichas soupçonne une censure de la part des ministres grecs et autres membres du gouvernement. "J'étais le seul intervenant critique, prêt à parler de la politique barbare et en rien démocratique du gouvernement grec en matière de santé", nous confie Vichas.

Contactée par @si, France Roque, responsable de la mise en place de l'événement au Nouvel Obs', se veut rassurante: "Je vous arrête tout de suite il n'y a aucune censure ou raison politique. C'est très simple : aucune des autres personnes sollicitées pour faire partie du panel ne pouvait venir. Et comme nous avions finalement moins de temps de parole nous avons dû annuler ce forum. De toute manière Gorgos Vichas a très bien compris nos raisons et nous a même demandé d'assister au forum, lui ou des membres de son équipe." Ce que dément Gorgos Vichas.

Pressions politiques ou changement d'orientation générale ? Difficile à dire. On peut toutefois s'étonner de l'angle choisi pour ces journées d'Athènes. Sept discussions sur l'Europe contre une sur l'environnement, une sur la corruption et une sur la culture. Plus encore, aucune table ronde n'aura lieu sur l'éducation ou sur la santé. Quand on sait que trois millions de Grecs ont perdu leur couverture sociale dans les dernières années selon Médecins du monde, ce parti pris à de quoi surprendre.

Guy Verhofstadt, chef de file des eurodéputés libéraux, a beau jeu de regretter, lors de ces journées, "un manque de démocratie dans la gestion de la crise" au niveau européen. Mais quoiqu'il en soit parler de démocratie à Athènes, sans donner voix au chapitre à l'opposition grecque il fallait oser !

Relire aussi notre enquête, sur la manière dont les journaux complètent leurs revenus, avec des débats en province (et à l'étranger)

Par Antoine Tricot

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